
La bibliothèque idéale de Géraldine Pastor Lloret
Pour son exposition monographique Cette perturbation - Un moment dans l’obscurité, nous avons demandé à Géraldine Pastor Lloret de nous confier sa bibliothèque idéale, comme nous le faisons pour chaque exposition monographique.
Et c’est encore une fois une très belle proposition que cette sélection de livres. En écho aux fragments de lieux déserts ou habités (hantés ?) où les forces de la nature font irruption, que l’on découvre en scrutant les imposants dessins de Géraldine Pastor Lloret, l’artiste a choisi des livres où le réalisme magique intervient à plusieurs niveaux.

Ce sont, pour certains, des récits d’expériences singulières ; certaines vécues dans la plus grande solitude. Outre la fameuse Métamorphose de Kafka, on découvrira les livres de Céline Minard ou de Marlen Haushofer dont les personnages se trouvent reclus en montagne, volontairement ou par un étrange hasard ; d’autres sont des expériences vécues en petite société, tel le voyage mystérieux vers le Mont analogue de René Daumal, l’occupation partagée des lieux décrits dans les livres de Marguerite Duras ou de Virginia Woolf, ou encore la mythologie revisitée par Henry Bauchau dans Œdipe sur la route, les différents états de conscience des personnages entrant en dialogue. Le mystère éprouvé peut être celui du questionnement existentiel ou de l’émotion liée à des états de seuil, mais le surnaturel déborde aussi dans le réel par le biais de phénomènes naturels, comme dans Les pierres de Claudio Morandini, Rombo d’Esther Kinsky, récit des séismes qui ébranlèrent l’Italie dans les années 1970, ou dans les nombreuses évocations de la montagne et de la forêt qui forment le décor de ces récits.

Et la nature est également présente dans cette bibliographique par le biais de deux livres atypiques relevant davantage de l’histoire naturelle, celui d’Élisée Reclus Histoire d’un ruisseau magnifiquement illustré par Clément Vullier, et celui d’Estelle Zhong Mengual Apprendre à voir : le point de vue du vivant.
Enfin, cette sélection met à l’honneur les femmes : les personnages féminins sont au centre de bon nombre de ces histoires ; d’autres textes mettent en lumière la vie de femmes ayant réellement existé ; ainsi Adèle Yon dans Mon vrai nom est Elisabeth part sur les traces de son arrière-grand-mère et révèle ainsi différentes strates de l’histoire du XXe siècle ; quant à Christine Pawlowska, on la découvre par le portrait que fait d’elle Pierre Boisson dans Flamme, volcan, tempête ainsi que dans son livre Écarlate, publié à l’âge de 19 ans. Les autrices sont par ailleurs particulièrement représentées dans cette sélection, avec, outre celles déjà citées, la poésie d’Etel Adnan et d’Emily Dickison ; une autre poétesse, Laura Vazquez, mais cette fois-ci avec son roman Les Forces ; ou encore Monique Wittig.

Ainsi ce sont différentes expériences d’écriture et une multiplicité de voix qui cohabitent dans cette sélection à découvrir dans l’espace documentation qui jouxte l’espace de l’exposition de Géraldine Pastor Lloret.
