fiche de l'oeuvre

Soap Sculptures


© Jeanne Gillard, © Nicolas Rivet

Au tournant des années 20, à l'initiative de la sculptrice américaine Brenda Putnam, le fondateur des relations publiques Edward Bernays organise un concours national de sculpture sur savon afin de populariser le produit de Procter & Gamble. Des milliers de savons sculptés furent ainsi exposés annuellement dans les musées d'art américain jusqu'en 1940, date qui marquera historiquement la fin de la grande dépression. Exaltant la pureté de l'iconographie des sculptures classiques à la blancheur et l'hygiénisme du savon, cette compétition s'adresse à un vaste panel de participant allant du néophyte, à l'écolier en passant par le sculpteur professionnel. Décrits chaque année dans les pages du New York Times, ces savons sculptés constituent une collection de clichés reflétant l'imaginaire américain: icônes religieuses, animaux sauvages ou domestiques, réplique de sculptures antiques, etc.
Prolongeant l'iconographie de cette compétition, Soap Sculptures cherche à constituer une collection de répliques en savon de sculptures publiques qui ont été ex-situées. C'est-à-dire placées ou conservées hors du site pour lequel elles étaient initialement conçues - en raison de menaces, de conflits, de censures, etc.
À la suite de recherches dans l'histoire des monuments interdits, j'ai pu constater que la raison de ces censures n'était pas seulement liée à la représentation d'une sculpture, mais surtout au rapport qu'elle entretient avec certains éléments présents dans son environnement. Révélant que sa compréhension est avant tout tributaire du contexte relationnel dans lequel elle s'inscrit.
Ainsi, Broken Obelisk de l'artiste Barnett Newman, formé d'un socle pyramidal sur lequel repose un obélisque renversé dont le haut est brisé, apparaît de prime abord comme un monument relativement classique. Pourtant dans le quartier de l'obélisque dédié au premier président des États-Unis, l'oeuvre fut retirée - car elle portait atteinte dans ce contexte aux valeurs civiques américaines.
Certaines sculptures en Suisse ont subi le même sort, comme en témoigne le monument commémoratif en l'honneur de Jean-Jacques Rousseau commandé par le maître Horloger Jacques Argand en 1778. Considéré comme un acte provocateur alors que l'ouvrage dont s'inspire la sculpture, Émile ou De l'éducation venait tout juste d'être interdit à Genève. Maintes fois déplacé, il disparaît en 1798. Pour des conflits de territoire, La sentinelle des Rangiers érigée par le sculpteur neuchâtelois Charles L'Eplattenier (1874-1946) connut un destin similaire. Placée dans le col des Rangiers par les autorités bernoises, cette zone devint le lieu de nombreux affrontements entre les Jurassiens et le canton de Berne. Vandalisée à plusieurs reprises, la sculpture, surnommée le fritz, en raison de son apparence de soldat prussien, sera finalement conservée hors du site.
Exposée décontextualisée et, cette série de sculpture en savon apparaîtra inoffensive à qui ne cherche qu'à les voir. N'ayant rien à envier aux archétypes autrefois présentés par les concours de sculptures de Procter & Gamble, elles constituent pourtant, par les relations qu'elles entretiennent avec leur site initial, une archive critique des sculptures publiques.

Artiste GILLARD Jeanne - RIVET Nicolas

Date de réalisation 2013

matériaux Sculptures en savon sur boîte en contreplaqué

Dimensions complémentaires Dimensions de chaque sculpture (hors base) : 40 x 20 x 20 cm
Dimensions de chaque sculpture (avec base) : 95 x 30 x 30 cm
Dimensions de chaque élément en réserve : 55 x 30 x 30 cm

Domaine Sculpture

n° d'inventaire 2014-1-9 (1 à 14)

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