fiche exposition - Les Inattendus



 Lilian Bourgeat - Bottes de sept lieues, 2006
© coproduction frac franche-comté/galerie Frank Elbaz



artiste(s) du fonds MESSAGIER Jean - NORMAN Jean-Christophe - LUND Marie - GARCIA TORRES Mario - BREER Robert - GEOFFROY Christiane - GUPTA Shilpa - CLOSKY Claude - MOREAU Anne - SOSOLIC Dominique - TALEC Nathalie

dates du 30/06/2007 au 14/10/2007

Horaires : du 30 juin au 30 septembre, de 9 h 30 à  12 h et de 14 h à  18 h
du 1er octobre au 14 novembre, de 14 h à  17 h
fermeture hebdomadaire :
mardi, samedi matin et dimanche matin

lieu(x) :
  • Musée d'arts et traditions populaires Château de champlitte - 70600 Champlitte

nature de l'exposition exposition collective

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barbara balland, lilian bourgeat, david michael clarke, gérard collin-thiébaut, michel collet, docteur françois courbe, silvie defraoui, hubert duprat, robert filliou, christelle familiari, helen frik, daniel firman, fischli&weiss, charles fréger, hans hemmert, joël hubaut, samuel herzog, virginie marnat, robert milin, régis perray, paul pouvreau, peter rösel, frank scurti, yann sérandour, asli sungu, didier trénet, ernest T., erwin wurm

La philosophie qui a présidé à la création des musées des Arts et Traditions Populaires est três différente de celle relative aux musées des beaux-arts. Dans les premiers sont présentés des objets mais aussi des images, des paroles ou des sons dont la fonction est d'être des témoins de faits sociaux et d'une époque, de ses us et coutumes. Ainsi le musée de Champlitte créé en 1957 présente-t-il des reconstitutions qui prétendent rendre compte , avec force objets insérés dans un décor réinventé, de la vie quotidienne de la société paysanne dans les années 1880 -1915 . Quelques salles sont également consacrées à la période des Lumiêres. L'ensemble a pour finalité de donner une «image fidêle» bien que théâtralisée d'une époque révolue mais aussi de faire acte de mémoire tout en favorisant une identité et un sentiment d'appartenance.

A contrario, les objets présentés dans un musée des beaux-arts ne le sont que pour leur seule valeur artistique et dans l'unique but de leur contemplation. Il ne saurait être question de les instrumentaliser en leur donnant le statut de document.

Il peut donc sembler étrange de présenter des œuvres contemporaines dans un musée des Arts et Traditions Populaires. Pourtant à l'instar de ce musée, l'art interroge, à sa façon, notamment l'histoire, la mémoire, le temps, l'identité et les faits de société. De plus, l'un comme l'autre sont en prise directe avec les problématiques liées à la représentation du réel. Les salles du Musées de Champlitte et leurs nombreuses vitrines offrent en effet des similitudes avec la peinture présentée dans nos musées des beaux-arts. En les visitant, nous sommes conviés à défiler devant une succession de tableaux (en trois dimensions) qui ne sont pas sans évoquer des «natures mortes».

Comme dans la peinture du quattrocento, un soin particulier est accordé au dispositif visuel et donc au visiteur dont le conservateur prédétermine le point de vue pour faire en sorte que placé, à un endroit «idéal» le long de la ligne de démarcation matérialisée par une barriêre ou un cordon, il puisse embrasser du regard chacun des éléments qui participent aux différentes compositions (le visiteur placé en face du dispositif ne peut en effet pénétrer dans les salles, pas plus qu'il ne peut toucher les objets protégés derriêre la fenêtre des vitrines). Une rationalisation de l'espace donc, destinée à permettre le saisissement d'un temps suspendu mais aussi une volonté de conditionner psychologiquement le visiteur dans sa lecture par la hiérarchisation spatiale des «documents» proposés, par des effets, de la dramaturgie..., et ce afin de favoriser une lecture du récit propre à chaque reconstitution mais aussi il est vrai à l'orienter.

Bien que conçue pour refléter la réalité, chaque composition est une construction imaginaire d'un espace dont la structure n'est pas pleinement cohérente (des rapprochements sont parfois incongrus ou anachroniques comme si on avait voulu condenser du réel ou opérer des raccourcis temporels).

Et ici, la reconstitution fidêle du réel, fut-il révolu, peut parfois flirter avec la fiction. Le musée de Champlitte dans sa globalité pourrait être l'œuvre d'un de ces nombreux artistes contemporains dont la recherche relêve de l'inventaire ou du récit fictionnel.

Enfin depuis le Pop Art et le Nouveau Réalisme, de nombreux artistes contemporains se sont emparés de la culture populaire, manifestant un engouement sans précédent pour le trivial et s'opposant autant que le musée des ATP, dans sa philosophie, s'oppose à celle du Musée des beaux-arts, à la peinture du passé.

Mais c'est sans doute autour de la question de l'objet que les rapprochements entre le musée des Arts et Traditions Populaires et l'art contemporain sont les plus évidents.

A Champlitte, chaque objet, qui ne vaut que par l'accumulation, a valeur, on l'a dit, de document, et ce de façon exclusive : document sur les métiers, la façon de s'habiller, les croyances, la façon de se soigner, de s'éduquer, de se divertir, de se cultiver... bref tout ce qui constituait les modes de vie d'une multitude d'anonymes issus de différentes classes de la société à une époque donnée, depuis le paysan jusqu'au commerçant, depuis le notaire jusqu'au sabotier, depuis le tisserand jusqu'au bourgeois, depuis l'horloger jusqu'au facteur... Un assemblage étourdissant qui relêve d'une réelle nostalgie, d'une volonté crispée et affolée de se mettre en musée avant que de disparaître. Il s'agit, pour fabriquer l'histoire, de rassembler, de condenser du réel pour faire plus réel que le réel.

Ces objets-documents ne sauraient, on l'a dit, trouver place dans un musée des beaux-arts. Pourtant ils y pénêtrent bien avec l'art et par l'art parce que, sublimés et dotés d'une plus-value artistique, ils changent de facto de statut. Ainsi depuis les collages cubistes, l'objet usuel est présent dans l'art, l'objet réel s'entend et non sa représentation.

Deux réalités différentes se rencontrent désormais, celle de l'art et celle de la vie. L'objet devient matériau, il permet d'explorer de nouveaux procédés et peut aussi devenir le sujet de l'oeuvre. Avec Duchamp, l'objet atteint même au statut d'œuvre d'art. Il permet enfin aux artistes de questionner les limites entre art et non art.

Le musée des ATP et l'art ont donc en partage la question de la représentation du réel via l'utilisation, l'accumulation, voire le détournement d'objets.

Ce sont ces similitudes et ces convergences d'intérêt pour l'objet et à travers lui pour le quotidien, pour les questions sociétales, telles le pouvoir, l'économie, le travail, la nourriture, bref tout ce qui touche à la vie qui ont donné l'idée de cette exposition. Celle-ci se présente à son tour comme un collage, créant entre des objets aux statuts différents, dialogues ou collisions, continuités ou ruptures, adhésions et décalages pour permettre d'interroger différents niveaux de réalité et de fiction.

Sylvie Zavatta
directrice du frac franche-comté