fiche exposition - Voyage blanc

étienne bossut, vincent lamouroux & raphaël zarka, marianne müller, marylêne negro, jean-christophe norman, hugues reip





artiste(s) du fonds FOURNEL Jacques - BEIER Nina - BREER Robert - BYARS James Lee

dates du 18/01/2007 au 25/02/2007

Horaires : du lundi au vendredi de 13h30 à  18h
du samedi au dimanche de 15h à  18h
entrée libre

lieu(x) :
  • Le Gymnase, espace culture IUFM de Franche-Comté Fort Griffon - 25000 Besançon

nature de l'exposition exposition collective

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Cette exposition est une invitation au voyage, un voyage non pas touristique mais poétique, un voyage rêvé, car chacune des oeuvres proposées ménage à l'imaginaire une échappée.

Ainsi dans Standing Still/Travelling Slowly de Marianne Müller, des paysages défilent lentement, des gens passent. Mais curieusement au milieu de la projection, quelque chose du paysage et de la vie s'absente. Il manque un espace-temps au centre de l'image. L'artiste y a créé une béance, un silence. Au regardeur de reconstituer le fragment absorbé, de relier les deux images entre elles, de combler le manque.

Seeland de Marylêne Negro est le récit en images d'un voyage à travers un pays lointain. La chanson d'Elvis Presley Are you Lonesome Tonight ? constitue la bande sonore qui vient rythmer ce road movie où il s'agit sans cesse d'aller de l'avant sans savoir où. De temps à autre la chanson s'interrompt, reprend ponctuellement et s'achêve sur le rire d'Elvis. Les images défilent. Entre émerveillement et tristesse, entre rire et nostalgie, on s'invente ce qu'il y aura de l'autre côté, derriêre le prochain virage, la prochaine colline. Traversée d'un paysage d'une beauté telle que la représentation directe ne saurait saisir ? Ou voyage au bout de la vie ?

Ce que le Pentacycle de Vincent Lamouroux et Raphaël Zarka «perd en efficacité physique, il le gagne en efficacité suggestive, ou poétique». Le Pentacycle a été conçu pour rouler sur le rail construit dans les années 60 pour l'aérotrain de l'ingénieur Bertin, ou plutôt sur ce fragment de rail qui se présente aujourd'hui comme une ruine moderne ne reliant rien à rien, sans départ ni fin. Il s'agit d'un véhicule hybride bien concret qui n'est pas destiné à être utilisé sinon par l'imaginaire, une machine à fiction.

Il en va de même de 1001 nuits d'Etienne Bossut, huit moulages d'une porte identique constituant des bas-reliefs. Ces portes ne sont aucunement des objets mais des images qui créent une ouverture mentale. Comme Lemmy Caution dans Alphaville de Jean-Luc Godard, on s'imagine les entrebâiller pour regarder ce qui se trouve derriêre, on s'invente des histoires, on y projette ses peurs et ses fantasmes.


Sunny underground, vidéo de Jean-Christophe Norman, propose une sorte de voyage immobile, hypothétique et vécu par procuration. Des rames de métro qui incessamment s'arrêtent et redémarrent, rames que nous n'emprunterons jamais et dont nous ignorons la destination, et des personnes qui arrivent, patientent sur les quais et disparaissent, l'artiste ne saisit que les reflets qui se croisent, se superposent comme autant de couches temporelles. Car au-deà de la cartographie, le temps est au coeur de l'oeuvre de l'artiste. C'est le temps, dont il s'applique à écrire le cours, lors de ses performances, sur les trottoirs des villes qu'il traverse, au jour, mois, année, heure, minute et seconde prês, le temps qu'il nous invite à arpenter.

Enfin, Hugues Reip nous convie à un voyage temporel d'un autre type. Pour Les Montagnes, l'artiste a choisi cinq oeuvres de l'histoire de la peinture dans lesquelles figurent des massifs montagneux. Les montagnes de Hokusaï, Magritte, Seurat, Giotto et Dali isolées de leur contexte, sont prélevées et traduites en volumes blancs. Cette oeuvre suscite chez nous un mouvement de l'esprit exactement inverse à l'opération réalisée par l'artiste puisque partant des Montagnes de Hugues Reip, nous convoquerons en pensée les oeuvres citées. Comme toute oeuvre citationnelle, Les Montagnes suppose que nous établissions le lien entre elle et l'oeuvre de référence, entre l'oeuvre qui est présente ici, devant nous maintenant, et celle dont elle nous parle, une oeuvre d'ailleurs et d'avant, une oeuvre absente dans sa présence même, ou présente dans son absence même.

S'il y a quelque chose en commun dans ces œuvres qui nous invitent au voyage, c'est d'être en quête d'un ailleurs par nature inaccessible. C'est bien d'induire aussi chez nous, un déplacement. Elles s'offrent au regardeur comme des cartes blanches ou des blancs-seings. Ce sont des voyages «blancs», comme on le dit d'un mariage ou d'un tir... pour faire semblant. Et nous, voyageurs immobiles, où allons nous en contemplant ces oeuvres ?


Sylvie Zavatta
Directrice du Frac Franche-Comté