fiche exposition - Francis Baudevin - Four Walls

avec Tatiana Arce, Nicolas Eigenheer, Jérôme Hentsch, Anne Hildbrand, Frankie Joiris


 vue exposition - Four Walls de Francis Baudevin, 2013
© Francis Baudevin - photo : Blaise Adilon



dates du 05/10/2013 au 26/01/2014

Horaires : du mercredi au vendredi de 14h à 18h / samedi et dimanche de 14h à 19h

lieu(x) :
  • Frac Franche-Comté, Cité des arts, 2 passage des arts - 25000 Besançon

nature de l'exposition exposition monographique

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L’oeuvre de Francis Baudevin, artiste suisse vivant à Lausanne, s’est construite autour de la notion de réappropriation. Ses peintures sont abstraites mais leurs motifs bien concrets. Il les emprunte au packaging (pharmaceutique, alimentaire…), aux pochettes de disques vinyles ou s’empare de pictogrammes et de logos industriels glanés ici et là. Ses peintures en sont l’agrandissement débarrassé de tout élément textuel. Francis Baudevin connaît parfaitement l’histoire du graphisme et de l’abstraction géométrique, histoires qui sont entrelacées à bien des égards. En Suisse, des peintres abstraits tels que Max Bill et Richard Paul Lohse ont travaillé dans le graphisme – comme cela a d’ailleurs été le cas pour l’artiste également. En basant sa peinture sur le design d’emballage et la conception de logos, il reprend ou se réapproprie au fond l’histoire qui a influencé son homologue commercial. « Je préfère participer à la relance de l’abstraction moderniste », dit l’artiste, « plutôt que [de] commenter l’observation de l’épuisement des formes et des concepts. Je ne suis pas du tout résigné – au contraire, j’éprouve une réelle empathie envers le projet culturel de la modernité. »

Olivier Mosset, écrivant sur Baudevin en 2000, fait remarquer ce qui suit : « Il neutralise le poids idéaliste qui est parfois porté par l’art abstrait, en rendant sa méthode claire. Il n’y a là aucun mystère, seulement une preuve simple : un travail non illustratif qui met en lumière à la fois une situation commerciale et la notion d’art abstrait. » « Un jour, conclut Bob Nickas, les peintures de Francis Baudevin devront porter le type d’avertissements et de recommandations d’utilisation que comportent les originaux : « peut provoquer une sensation de vertige » et « jouer à volume élevé ».
La démarche de Francis Baudevin est basée sur une méthode rigoureuse à des fins de distanciation que vient pourtant contredire le rapport affectif qu’il entretient avec l’univers sonore et musical lequel lui sert bien souvent de matériau premier.

La collection du Frac Franche-Comté compte une peinture de Francis Baudevin. Il s’agit d’une oeuvre intitulée Polydor à propos de laquelle l’artiste indique : « Polydor est un pictogramme qui existe vraiment : un demi-disque vinyle sur un rectangle rouge. Il s’agit d’une des principales raisons de ce choix. Et puis c’était aussi un label peut-être un peu désuet à l’heure du disque compact – il y a encore des pictogrammes de trains à vapeur ! Pourtant, il avait effectué un retour visuel, notamment dans des publicités, à la télévision, où il apparaissait en plein écran. C’est une marque du groupe Universal, alors associée au succès de Jean-Marie Messier et de la multinationale Vivendi. Le label propose des enregistrements célèbres de James Brown ou de Jimi Hendrix, des choses plus commerciales comme Abba et de la musique de variétés, et puis d’autres disques peut-être plus confidentiels et pourtant magnifiques comme l’album 1969 de Julie Driscoll, ou alors quasi-introuvables dans leurs parutions originales comme Secrets of the Blue Bag d’Anthony Moore (dont le titre de la première édition semble complété par la mention suivante : « A Story for John Cage »). Un label associé au mainstream avec cependant de nombreuses choses très pointues, comme pour Columbia ou Virgin, par exemple. » C’est dire combien dans le travail de Francis Baudevin, la peinture et la musique sont intrinsèquement liées.

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Commissariat :
Sylvie Zavatta, directrice du Frac Franche-Comté

Partenaires :


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Bien qu’elle ne saurait cependant se réduire à cet univers, l’exposition regroupe au côté du wall painting intitulé Sans Titre (Carambar), nombre de peintures qui sont le fruit d’un prélèvement dans la collection personnelle de disques vinyles de l’artiste. Si dans les peintures l’absence de texte peut induire une difficulté quant à l’identification immédiate de la référence ou de la source, en revanche dans les photographies de l’artiste la question ne se pose pas. Il s’agit en effet de séries de photographies de pochettes de disques que le peintre regroupe par couleur. En résulte des déclinaisons chromatiques qui sont le fruit d’un mouvement analogue à celui qui préside à l’élaboration de ses tableaux et de ses wall paintings.

« Mon intérêt pour la musique et ma démarche picturale ont longtemps été distincts, et c’est peut-être à travers mon enseignement à l’école cantonale d’art de Lausanne que ces domaines ont commencé à se conjuguer plus étroitement. J’ai bien souvent recours, et assez naturellement, à des exemples empruntés à la musique pour situer une démarche artistique, il y a en cela un apport pédagogique. Auparavant, j’avais envisagé mon implication en tant qu’artiste plutôt sous l’angle de la distanciation, par la peinture abstraite, même si j’y avais été amené par des démarches musicales. Puis j’ai commencé à rendre davantage visibles ces références musicales, peut-être encouragé par les étudiants eux-mêmes, ainsi que par quelques collègues » explique l’artiste.

Un intérêt qui se voit ici réaffirmé puisqu’en contrepoint Francis Baudevin a souhaité présenter, au côté de son travail, celui de cinq autres artistes ayant un lien direct avec la musique. Ainsi découvrira-t-on les productions de Tatiana Arce, Nicolas Eigenheer, Anne Hildbrand, Jérôme Hentsch et parmi elles la photographie de Frankie Joiris, un portait photographique de John Cage. C’est in fine à ce compositeur américain - qui a marqué de son empreinte indélébile la musique de notre temps et qui ne cesse d’être une référence pour les artistes contemporains - que Francis Baudevin rend hommage en donnant pour titre à son exposition celui d’une pièce du compositeur : Four Walls.

Cette exposition vient alors prolonger l’exposition Tacet, conçue par Francis Baudevin en tant que commissaire invité du Frac Franche-Comté dans le cadre des 30 ans des Frac, et présentée au Musée des Beaux Arts de Dole du 22 juin au 8 septembre 2013. L’accrochage de l’exposition est construit autour du terme « Tacet », qui signale sur une partition un moment de silence et qui constitue l’unique indication de 4’33’’, pièce pour piano de John Cage.

Un journal de 24 pages conçu par l’artiste et mis à la disposition du public à Dole et à Besançon sert de lien entre les deux projets : prenant pour point de départ le portait photographique de John Cage par Frankie Joiris, il explore une question chère à Francis Baudevin : qu’est-ce qui vient avant le silence et qu’est-ce qui lui succède ?