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Markus RAETZ

Né en 1941/06/06 - Büren an der Aare Suisse • Vit et travaille à Berne (Suisse) et à Paris


Le monde dans lequel nous vivons est-il seulement une création de nos sens, fait d’ombres portées sur les parois de la caverne ? Même le toucher si utile à saint Thomas n’est d’aucun secours face à l’idée que tout n’est peut-être que virtuel. Nécessité alors de questionner la réalité et de remettre en question les informations transmises par nos sens ; mais aussi invitation à jouer avec les phénomènes visuels, à inventer de nouveaux espaces.
Observateur attentif des signaux visuels ambigus créés par l’interférence entre perception et compréhension de l’espace, Markus Raetz construit ainsi des espaces de distorsion du visuel, interfaces troublés et troublant où surface et volume sont en latence. Ainsi de cette intervention dans la ville de Genève, où au sommet d’un poteau, le mot OUI apparaît en lettres dorées sur le ciel, pour devenir NON si on l’observe depuis un autre endroit. Facétie du langage mais aussi réflexion subtile sur la versatilité des choses, sur l’entre-deux – ni blanc, ni noir – qui constitue le monde réel.
Les œuvres de Markus Raetz ne sont pas simplement accessibles au regard mais impliquent une participation physique du spectateur qui doit accepter de se plier aux règles édictées par l’artiste. De même que dans l’art classique, l’espace pictural se construit autour d’une ligne de fuite et qu’inconsciemment le spectateur va se placer dans l’axe qui lui donnera la meilleure vue ; de même donc, Raetz a créé ses sculptures, mais aussi ses dessins et objets pour être vus et compris depuis un point stratégique. Constructions émergentes dans un espace entre deux, ces œuvres semblent hésiter entre la surface et le volume, et ne livrent leur secret qu’un instant, au point où le dispositif visuel fait sens, où la distinction entre abstraction et tridimensionnel disparaît, où les lois de la perspective s’inventent. Dans Métamorphose II, le buste de Joseph Beuys réfléchi dans un miroir crée la silhouette d’un lièvre. Clin d’œil ironique aux performances de l’artiste, mais aussi retour du lapin blanc depuis le Pays des Merveilles. Le réel est multiple, tout comme les manières de l’appréhender. Vue binoculaire (2001) – marine délimitée par un cadre qui reprend la forme des jumelles – est à la fois un clin d’œil ironique de l’artiste à ses propres méthodes de travail et une manière de se moquer des gens qui regardent le monde à travers un objectif, œillères de la modernité. Gross und Klein est une sculpture pensée pour que l’on tourne autour. Basée sur le principe de l’anamorphose magistralement illustré par les Ambassadeurs de Hans Holbein, elle est tout d’abord simple nature morte en volume – une bouteille et un verre – qui se transforme peu à peu au rythme de notre déambulation pour inverser le rapport de taille de ces deux objets. Simple tour de prestidigitateur qui émerveille encore après que l’on en ait compris le truc, cette œuvre est aussi une invitation à réfléchir sur les modes de perception et de compréhension du monde.

Eléonore Jacquiau Chamska

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Gross und klein, 1982 - 1983


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