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Gérard COLLIN-THIÉBAUT

Né en 1946/06/04 - Lièpvre France • Vit et travaille à Vuillafans


Collectionner, accumuler, préserver, sauvegarder (parfois en recopiant)… ce sont autant de tâches, habituellement dévolues aux musées ou aux institutions artistiques en général, que Gérard Collin-Thiébaut a fait siennes. Collectionner (et reconstituer, comme s’il s’agissait d’une restauration) des puzzles représentant des tableaux célèbres, ou bien des sacs, des savonnettes d’hôtel, des photographies, des coupures de journaux, des vignettes… Parfois, comme avec les rébus dans l’espace, le sens de l’œuvre (sa clef de lecture, celle que, d’ordinaire, délivrent les cartels) est donné par l’agencement des pièces dans l’espace ou des dessins sur une feuille.

Parmi ces tâches, il faut ajouter «distribuer» ou «diffuser» (la «diffusion» est l’un des maîtres-mots de la muséologie contemporaine). Les Distributeurs automatiques de carnets d’images (1990), série dont fait partie l’œuvre du Frac Franche-Comté. Un distributeur d’aspect standard, du genre de ceux qui délivraient des tickets de parking (l’œuvre est antérieure à l’invention des emplois jeunes), permet d’obtenir des carnets d’images produits par l’artiste. La pièce entretient ainsi une confusion entre l’art et son image, l’art et son «contenu». Les reproductions — comme les vignettes qu’on trouve dans les tablettes de chocolat, ou bien (et les supports qui suivent sont des supports sur lesquels Collin-Thiébaut a effectivement diffusé ses images) au dos des tickets de parking, de tramway, de train, de billets d’entrée…—, toutes ces reproductions ne sont pas de l’art, dira-t-on, elles en sont juste des signes. Une «image moyenne», standard, de ce qu’on peut trouver dans un musée. Mais, comme tous ces genres de choses, elles se collectionnent (Gérard Collin-Thiébaut a mis au point une cote précise des images et des carnets qu’il distribue, et les répertorie scrupuleusement). Le distributeur renferme ainsi une collection complète, c’est donc un musée en boîte, un musée miniature. Les carnets reprennent d’ailleurs en partie les sections d’un musée : arts décoratifs, blasons, voitures, figures du monde de l’art (autoportraits d’artistes)…

«Et si c’était de l’art ?» (titre de l’une de ses expositions). Si tout ce qui a été énuméré plus haut, ainsi que les images sortant du distributeur, correspondaient autant à la fabrication de l’art que les œuvres proprement dites ? La réponse, implicitement formulée (autrement dit, mise en formes) dans le travail de Collin-Thiébaut, semble affirmative. Au-delà des jeux légers et humoristiques qui sont la forme sous laquelle il se donne à voir, ce qui y est avancé ne tombe pas sous le sens commun : c’est l’idée que les musées (ou tout autre endroit exposant de l’art) produisent, non seulement un discours, une mise en ordre des choses, mais encore des formes (comme l’exposition, ou le catalogue) qui font que l’art nous apparaît comme ce qu’il est.

Vincent Pécoil