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Bernard FAUCON

Né en 1950/09/12 - Apt France • Vit et travaille à Paris


D’abord peintre, puis photographe, Bernard Faucon a longtemps été remarqué par son travail sur les mannequins, qu’il abandonne en 1981 pour des compositions sur les notions de temps et de mémoire, intégrant une présence répétée du feu. Entre l’idée de l’image et sa réalisation, tout est inventé, fabriqué, réglé : le décor, les personnages, les accessoires, les couleurs, les lumières. Son travail s’inscrit dans un rapport au temps, sous la forme d’une lente mise en scène et ses images sont presque toujours enfermées dans un cadre carré. La série des chambres d’amour a été réalisée de 1986 à 1988. L’artiste fait coexister les objets et sentiments familiers de son existence (ses parents, sa maison, l’école, les fêtes de Noël…) avec une imagination enfantine. Il immobilise le temps d’un cliché ces petits riens de l’enfance, tout en les rapprochant du vide car elles deviennent immatérielles, proches du rêve parfois. D’ailleurs, pour Bernard Faucon, la photographie ment et déforme la réalité. Dans une autre perspective, l’image la plus fabriquée, la mise en scène la plus artificielle peuvent devenir étrangement réalistes. Afin d’obtenir ce décalage infime entre le réel et sa perception tronquée, il travaille la mise en scène avec «économie», allant à l’essentiel, choisissant les détails qui plantent le décor dans une description des plus «objectives» possibles. L’image ainsi fabriquée revêt un aspect singulier, parfois saugrenu où se mêlent des scènes champêtres avec des enfants, mannequins figés et pourtant criant de vérité (Le Champ de lavande ou Neige qui brûle faisant partie de la série «Hommage au feu» de 1981 par exemple).
La poésie demeure le moteur de ses compositions. Son besoin de (re)formuler le monde s’inscrit dans ses propres expériences de vie : le temps qui passe, le vertige du désir, l’importance de l’enfance… si bien que la photographie se charge d’une part intime de sa personnalité, et devient le support le plus adéquat à sa matérialisation.
A partir du thème de l’amour, et de son contraire intrinsèque qui n’est autre que la solitude, les chambres sont déclinées différemment, donnant à voir deux corps enlacés ou une présence suggérée par un lit défait ou encore une absence, une chambre vide…
La chambre qui brûle par exemple, devient un lieu d’intimité envahi par un feu léger, diffusant une lumière intense. Sur les murs apparaissent les vestiges d’une enfance : photos, petits objets, couronne, autant de petites installations-souvenirs qui prennent l’allure d’ex-votos. L’opposition entre l’intérieur et l’extérieur est représenté par une fenêtre grande ouverte sur un paysage de jour, alors qu’à l’intérieur la pièce ne semble éclairée que par le feu. Les ardentes deviennent une métaphore du désir et le procédé photographique (tirage Fresson) rend cette lumière plus irradiante car le grain de la photographie est plus «éclaté» et la couleur perce l’image.
Bernard Faucon ne se revendique pas comme étant un coloriste pourtant les couleurs tiennent une place importante dans ses compositions photographiques, ainsi il utilise plus volontiers certaines dominantes que d’autres : à ses débuts le bleu est souvent présent dans ses clichés, puis progressivement des couleurs plus chaudes s’installent (rouge, jaune…).

Valérie Pugin