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Guillaume MILLET

Né en 1970 - France • Vit et travaille à Paris


Depuis plusieurs années, Guillaume Millet rend infime et perméable la frontière moderniste qui, dans l'histoire de la peinture du XX° siècle, sépare l'abstrait du figuratif. Parallèlement à sa pratique du dessin et de la sculpture, et dans un déni de toute peinture autonome, l'artiste détourne dans ses tableaux les modes de représentation du monde extérieur et cherche, à travers l'objet métamorphosé, le moyen positif de révéler au spectateur la présence de la peinture.

Attaché dès les premières années à la représentation d'éléments urbains, Guillaume Millet se voit contraint de radicaliser son geste lorsqu'en 1999, il quitte le support matiériste et sensuel du papier kraft pour lui préférer celui de la toile tendue sur châssis. Le caractère imposant selon l'artiste, de l'objet-tableau, l'oblige en effet à neutraliser gestes et moyens, selon un process et des outils impersonnels. L’image, photographiée, numérisée et fortement épurée, est transposée sous forme d'adhésif édité et découpé par une entreprise spécialisée ; sous ce format devenu pochoir, l'image est révélée en positif ou négatif par le passage du rouleau. Si le travail effectué en amont de l'œuvre s'inscrit dans une durée - celle de la métamorphose plus ou moins accidentelle de l’image -, celui de son exécution est presque immédiat : un enduit préparatoire, une couche de peinture acrylique pour les compositions réduites aux deux non-couleurs (le noir et le blanc), une seconde et une troisième pour les couleurs rouge et vert (constituantes en superposé de la couleur noire, dont elles restent tributaires), et la pose finale du vernis. De cette économie de moyens, et mise à distance du peintre par rapport à son médium, découlent une formule et un procédé mécaniques, reproductibles à l'infini et à l'identique par des mains qui pourraient ne plus être celles de l'artiste. Résultat d'une maturation lente et rigoureuse, cette technique donne le primat à la conception - sur le modèle minimaliste et conceptuel de la peinture - et livre une image au rendu parfaitement neutre et lisse, assimilable en un seul coup d'œil par le regardeur.

Mais si l'économie de la forme, le traitement en aplat, l'efficacité du contraste noir et blanc et la répétition du motif génèrent une vision instantanée du sujet, ils n'en facilitent pas pour autant, ou peu, sa perception – conscience de cette même vision. En effet, l'effacement du geste, celui de l'artiste, est ici corrélatif de l'effacement du motif et de sa transformation : détournée par différents moyens et procédés, l'image initiale se métamorphose en une écriture graphique synthétique, une dynamique de formes semi-abstraites, blanches sur fond noir, ou noires sur fond blanc. L'intrusion de la couleur dans les dernières peintures de Guillaume Millet, renforce en filigranes les formes noires sur fond blanc et complique l'exercice de visibilité/lisibilité du sujet. Selon la distance observée, les perspectives à traverser et le format des œuvres, la perception se trouble, notamment dans la série des diptyques, tableaux strictement similaires mais n'offrant, quelle que soit la position du spectateur, jamais la même image à voir : la confrontation du point de vue du regardeur avec celui, dédoublé, du peintre sur le monde extérieur, modifie l'appréhension d'un motif pourtant identique et crée une illusion d'optique que le déplacement devant l'œuvre ne permet pas de corriger. La mise à distance du spectateur qui cherche à voir et percevoir, le projette dans un espace-temps continu qui lui révèle la présence effective du tableau et qui, tel le peintre, le ramène à l’essence même de la forme :
celle qui n'est jamais véritablement ni abstraite ni figurative-instabilité ou demi-mesure exacerbée par l'absence de titres.

Détournement d'un motif existant selon un processus mécanique et appliqué de la peinture, les tableaux de Guillaume Millet mettent à nu les notions de distance, de réalité et de présence de la peinture, interrogeant, à partir d'une image bidimensionnelle, tous les possibles de la vision et de la perception, celles - successives et complémentaires - de l'artiste et du regardeur.

Cécile Godefroy.

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Sans titre, 2004


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