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Hans SCHABUS

Né en 1970 - Watschig Autriche • Vit et travaille à Vienne (Autriche)


A travers ses sculptures, volumes architecturaux, actions, vidéos et photographies, Hans Schabus s'intéresse aux notions d'espace, de perception des réalités spatiales de toutes sortes, aux mouvements dans un espace donné. Il visite, explore les espaces, il modifie, déstructure et restructure les lieux afin de modifier les repères conventionnels, les siens et/ou ceux du public. Il propose ainsi la possibilité d'une fuite perceptive et existentielle par une nouvelle appréhension de l'espace et des lieux.

La vidéo Western, 2002 et la série photographique Stanbild Western acquise par le Frac Franche-Comté sont emblématiques de la place fondamentale qu'occupe la notion de «passage» dans l'oeuvre de l'artiste. Les réseaux de circulations dissimulés, sous- terrains sont des éléments récurrents dans le travail d'Hans Schabus, car s'ils constituent des voies singulières entre des mondes, ils sont aussi plus fortement un moyen d'échapper, de fuir; une tentation que l'artiste évoque volontiers. Si dans Western, Hans Schabus part à l'exploration du système des égouts de la ville de Vienne, c'est à l'origine pour se rendre à New York1 Il navigue dans les passages tortueux, sombres et lugubres des égouts, à bord du Forlorn, bateau de sa propre conception, pliable, sur roue, équipé d'un phare, de rames et d'une voile, construit selon les plans de l'Optimiste, un dériveur commercialisé dans les années 50 aux Etats-Unis2 Le lieu choisi n'est pas sans rappeler un des décors du célèbre film «The Third man» du réalisateur britannique Carol Reed réalisé en 1949, pour une scène de poursuite se déroulant dans les égouts de Vienne. Cette référence cinématographique renforce l'idée de la possibilité de fuite ou d'évolution par les «dessous», par les systèmes circulatoires parallèles, que l'artiste développe dans plusieurs de ses projets3. Le moyen de transport utilisé fait par ailleurs directement référence et hommage au dernier projet «In Search of the Miraculous» de l'artiste néerlandais Bas Jan Ader, pour lequel il quitta la côte Est des Etats-Unis en 1975 à bord du plus petit voilier, pour réaliser la traversée en soixante jours de l'Atlantique. Le bateau fut retrouvé vide six mois plus tard au large des côtes irlandaises.
Au sérieux de l'action entreprise s'oppose une mise à distance, un autre parti pris récurrent chez Schabus, à l'image de l'univers bernhardien. En effet, l'ironie et l'autodérision sont omniprésentes dans chacune de ses réalisations. Ici, malgré l'énergie mise en oeuvre et la détermination visible de l'artiste, tout montre l'échec inévitable de l'entreprise. Les deux dernières photographies de la série en sont fortement révélatrices : l’une captant Schabus transportant, tel une brouette, le petit bateau plié en deux ; la dernière montrant la victoire «dérisoire» d'être arrivé sur un axe suffisamment large pour permettre de hisser la voile du bateau, comme annonçant enfin le grand départ pour la «conquête de l'Ouest». Avec poésie, le nom du bateau le « Forlorn », adjectif anglais signifiant «vain», annonce déjà l'inéluctable échec de l'artiste.

Juliette Beorchia



1 Invité par la James Cohan Gallery pour le projet d'exposition «I don't look back, I look in front» en 2002

2 Western constitue la première partie du voyage envisagé, Schabus est également photographié à bord du Forlorn sur la East River à New York

3 «Der Schacht von Babel» (Le puits de Babel) est une galerie qu'il creusa en 2003 de son atelier pour arriver théoriquement à l'intérieur du lieu d'exposition la Sécession à Vienne. «Das Letzte Land» dans le pavillon autrichien de la Biennale de Venise en 2005, le projet «Emil» pour l'exposition «White spirit» au Frac Lorraine en 2004, ou plus anciennement la pièce «Der Passagier» (Le passager) présentée à la Kerstin Engholm Galerie à Vienne en 1997 sont des pièces pour lesquelles des galeries sont construites, à taille humaine ou réduite, pour permettre des circulations parallèles, hors normes.

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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