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Martin BOYCE

Né en 1967 - Glasgow Royaume-Uni • Vit et travaille à Glasgow (Royaume-Uni) et à Berlin (Allemagne)


La grille a constitué, au cours du XXe siècle, une forme emblématique du modernisme artistique, par sa capacité à servir, en peinture au moins, mais également en sculpture (si l’on considère un certain nombre de pièces minimales dans leur modularité), à évacuer l’histoire et le récit de la composition. L’emploi littéral de cette figure dans le travail de Martin Boyce opère, bien plutôt, un retour du refoulé historique, du passage du temps … Si la grille est bien connotée, ici, comme «emblème de l’ambition moderniste*», son réemploi interroge par contre la volonté de silence de l’art moderne, son hostilité envers la littérature, le récit et le discours. Réemployée dans son usage prosaïque de clôture, la grille de Martin Boyce semble diviser l’espace, interdire symboliquement un accès, délimiter une aire. S’inscrivant dans une série de pièces apparentées, elle devient un fragment d’un enclos évoquant un terrain vague – un no man’s land, un espace tombé en déshérence, celui d’une modernité qui ne formerait plus le projet d’une réalité à venir, mais recenserait, en antiquaire, ses produits les plus représentatifs, comme des éléments de mobilier de design moderniste des années 50, auxquels Boyce a souvent associé ses grilles dans des installations précédentes.

Ironie de l’Histoire, le type de mobilier de collectivité moderniste bon marché si prisé aujourd’hui dans sa forme vintage, se négocie à des prix qui sont de plus en plus comparables au mobilier Boulle. Le vestige vaut plus que la raison utilitaire, et c’est cette réalité, la ruine du modernisme à tous les sens du terme, que Boyce met en scène. L’autre pièce faite de néons, elle, évoque l’univers urbain artificiel, comme un arbre électrique qui constituerait un fragment d’une forêt de néons. «Mes installations dessinent des paysages imaginaires et fragmentés. Quand j’y introduis un objet, celui-ci vient rappeler le monde dont il est extrait comme un fragment. Il en est une version explosée», explique Martin Boyce. Une nature synthétique, spectrale, qui peut évoquer la Neon Forest de la chanson d’Iggy Pop.

Vincent Pécoil

* Rosalind Krauss, in «Grilles», repris in L’originalité de l’avant-garde et autres mythes modernistes, ed. Macula, 1993, p. 108

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Sans titre, 2003

Sans titre, 2003


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