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Thomas FLECHTNER

Né en 1961 - Suisse • Vit et travaille à Neuchâtel (Suisse)


«Walks» est une série de photographies qui témoignent de l’exploration d’immenses territoires enneigés dans les montagnes des Alpes suisses. Fort de l’implication physique extrême de ces longues marches, conscient de l’histoire plurielle et multiple du paysage et des possibilités infinies du regard, Thomas Flechtner entreprend de marquer le territoire. Il le fait avec ses skis et une lampe frontale. Ces empreintes sont ensuite restituées par l’intermédiaire de photographies de très grands formats (180 x 220 cm).
«Walks, fur und mit Marianne, Piz Beverin» traduit l’expérience diurne de cette investigation. L’artiste arpente l’étendue immaculée. Il sillonne et strie l’ensemble de la surface. Il prélève ensuite un témoignage de son parcours. Le temps de la marche est figé, fixé dans l’instant de la prise de vue.
Le temps aussi est à l’œuvre dans «Walks, Gemmipass» mais il entre en jeu d’une autre manière. La pose photographique est cette fois très longue, elle enregistre toute la scène, l’intégralité du voyage. La présence furtive de l’arpenteur n’est pas visible, seules subsistent les traces physiques et lumineuses de son passage.
A travers l’expérience directe du paysage, l’artiste interroge l’histoire, l’espace et le temps. Proche, par certains aspects, du Land art, la démarche de Thomas Flechtner n’en oublie pas pourtant son essence. Richard Long tente d’ériger la marche au rang de sculpture, Thomas Flechtner réussit, lui, à transformer ses parcours, ses voyages et ses errances en pure expérience photographique.

En 2002, Thomas Flechtner publie «Snow»1 un livre dans lequel il présente la série «Walks» associée à trois autres séries: «Passes», «Colder» et «Frozen».
«Passes» est une typologie des cols de montagne, lieux de traversées pour les hommes. Mais, ce «catalogue» est réalisé lorsque ces chemins ne sont plus accessibles ou praticables, au moment où la nature « a repris ses droits », refusant, chaque année, durant quelques mois, le droit de passage. Il est ici question de difficulté d’accès, de cycles, ceux du temps et des saisons. Plus qu’une exploration du territoire, ce qui est en jeu, c’est l’accès à ce territoire. «Colder» est une «visite» hivernale de la ville suisse de La Chaux-de-Fonds, un parcours, le plus souvent nocturne de la cité écrasée par la neige et le froid qui traduit une réflexion sur l’urbanité soumise aux aléas du climat, qui en modifie la perception et la restitution, donnant à l’image du paysage urbain un caractère beaucoup plus romantique. C’est alors le pouvoir des éléments qui crée le lien à l’histoire, celle de l’art et du paysage.
«Frozen» se compose de photographies de banquises enregistrées en Islande et au Groenland. L’artiste retrouve à travers cette série d’horizons, une vision plus classique du paysage. Il explore l’instant où le ciel et la terre, où le ciel et la mer se confondent. Ce n’est plus ce qui est donné à voir qui est le plus important, c’est la vision elle-même qui est ici considérée. L’image, quasiment abstraite, presque monochrome, propose une étendue infinie de possibilités, aux confins de sa propre disparition.
«Snow» forme ainsi, à travers un éventail d’explorations de territoires soumis à des conditions extrêmes, un polyptique qui révèle le sens profond de la démarche de l’artiste : la quête absolue et sans limites du paysage.
«Walks» qui condense l’ensemble des énergies déployées par Thomas Flechtner pourrait en être, à la fois le générique et le viatique.

Alexandre Rolla



1 Thomas Flechtner, Snow, Baden, Lars Müller, 2002

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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