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Stéphane DAFFLON

Né en 1972 - Neyruz Suisse • Vit et travaille à Lausanne (Suisse)


La pièce fait partie d’une série de trois panneaux mobiles montés sur un axe, qui avaient été montrés au centre d’art contemporain de Fribourg, FRI-Art, en 2001. Chaque panneau est de forme identique, mais de dimensions différentes, et porte une peinture sur chaque côté. T2m, par sa forme, est une allusion aux panneaux publicitaires actionnés par le vent qui les fait pivoter sur leur axe. Ici, le spectateur doit par contre contourner le tableau pour avoir une vue complète de l’œuvre.

Stéphane Dafflon adapte dans son travail des méthodes de production en usage dans l’industrie. C’est non seulement le motif, mais encore le positionnement des peintures (sur toile, au mur ou au sol), qui est déterminé au moyen de l’outil informatique. En adaptant ainsi des méthodes de production «assistées par ordinateur» d’un champ à l’autre, Stéphane Dafflon renoue moins, cependant, avec des aspirations productivistes d’un art passé «du chevalet à la machine» qu’il ne s’inspire, beaucoup plus directement, de méthodes en usage dans le design ou le graphisme. Si sa peinture intègre bien, et consciemment, des éléments formels empruntés au design moderne et contemporain (automobile, mobilier, habillage publicitaire…), plus qu’un réemploi de formes issues de ces champs à des fin de citation, c’est avant tout en tant que renvoi à une méthode de production, un process, que le design est ici convoqué. En cela, il adapte des procédures initiées par l’art conceptuel (l’idée comme «machine qui fait de l’art» de Le Witt) ou Warhol, aboutissant à une forme d’abstraction «pop», plutôt qu’il ne cherche à réactiver les aspirations sociales du Productivisme ou de mouvements comparables – son travail partant du constat rétrospectif que c’est l’industrie culturelle, bien plutôt que l’avant-garde artistique elle-même, qui a réussit à transformer (du moins directement) la vie quotidienne au XXème siècle.

La projection de l’art dans le réel social et politique, qui était une finalité constitutive des avant-gardes historiques, avait pour corollaire nécessaire son auto-dissolution (en tant qu’art) ; en un sens, ce programme a bien été accompli par l’industrie culturelle, qui a massivement coopté les stratégies et les formes de l’art d’avant-garde.

La peinture de Stéphane Dafflon constitue une reprise de ces formes historiques de l’abstraction revues au travers du prisme déformant de l’industrie. L’absence de qualités painterly de sa peinture renvoie à l’histoire de l’abstraction constructive, mais passée par le filtre ou la médiation du design industriel. Une médiation qui en aurait «arrondi les angles», image que l’abstraction soft-edge de Dafflon matérialise littéralement, en employant fréquemment des formes hybrides entre le rectangle et le cercle, comme dans T2m – un renvoi à des formes primaires tellement essentielles au regard de l’abstraction géométrique qu’elles ont pu autrefois lui tenir lieu de programme en elles-mêmes (Cercle et Carré).

Mais le renoncement à la dimension sociale utopique de l’abstraction n’implique pas pour autant, nécessairement, l’absence de tout questionnement sur la valeur d’usage de la peinture. En renvoyant au design, Stéphane Dafflon interroge, en creux, l’utilité de la peinture. Le but du design est d’améliorer un produit, d’augmenter son efficacité. Mais quelle peut être, en retour, la valeur d’usage d’une peinture ? Sur un mode prosaïque, des pièces comme celles présentées à FRI-Art en 2001 reprenaient discrètement cette interrogation avant-gardiste sur la fonction (économique ou sociale) de la peinture, en évoquant simultanément une cimaise, un tableau d’affichage ou un paravent, où bien encore, avec les panneaux mobiles montés sur des axes, des supports publicitaires. (Dans la salle adjacente, les trois peintures à la surface légèrement courbées, formant, une fois réunies en esprit, un mouvement ellipsoïdal, prenaient un aspect profilé, aérodynamique, comme si elles avaient été conçues selon des critères d’ergonomie. Peut-on concevoir une peinture «ergonomique» – ou une ergonomie de la peinture, au même titre où l’on parle d’une «économie» de la peinture ?).

Vincent Pécoil

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

T2m, 2001


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