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Edouard LEVÉ

Né en 1965/01/01 - Neuilly-sur-Seine France • Décédé 2007/10/15 - ParisFrance


Edouard Levé a le talent polymorphe. On l’a vu faire l’acteur dans des vidéos de Valérie Mréjen et on lira avec délectation ses textes publiés chez POL dont ce remarquable Autoportrait (2005). Mais Levé est aussi connu pour ses photographies et en particulier par celles réunies sous l’appellation Reconstitutions (un ouvrage, du même titre, leur est consacré chez Philéas Fogg). C’est de cet ensemble, et plus précisément du sous-ensemble Rugby, que proviennent les deux œuvres acquises par le Frac.

La première des séries de Reconstitutions concerne les propres rêves de l’artiste que ce dernier fait rejouer et qu’il photographie. Contrairement à Jean-Jacques Rullier qui dessine les rêves qu’on lui raconte et qui les légendent, Levé, quant à lui, se contente d’une image qui, de ce fait, reste parfois énigmatique. Les autres ensembles sont constitués de scènes d’actualité comme on en voit à la télé (une remise de chèque à un gagnant de loterie, une inauguration où l’on coupe le ruban, un colloque, etc.) ou bien encore des scènes pornographiques.

Toujours ses personnages sont habillés en tenue de ville, de la manière qui leur correspond. Longtemps avant d’en arriver à ces photographies, Levé a rassemblé des images, la plupart issues de la presse. Ces postures, qu’elles relèvent de la sexualité telle que la représente la pornographie ou des phases de jeu de rugby comme on en trouve dans les reportages sportifs, répondent à des codes précis et facilement identifiables. C’est pour s’en imprégner que l’artiste accumule ces images (ces clichés pourrait-on dire). Puis il les abandonne avant de le redessiner de mémoire, une mémoire qui élimine les détails inutiles pour ne garder que la structure générique. Ce sont ces scènes mnémosiques qui vont servir de référent à la reconstitution photographique.

Les images réalisées sont de format moyen, entre 70 et 100 cm, et en couleur. Les acteurs, comme on l’a dit, portent des vêtements ordinaires. Pour les scènes pornographiques, les garçons revêtent des ensembles veston, chemise, pantalon et chaussures de ville noires, les filles, des pantalons, chemisiers ou bien des robes. Visages inexpressifs, refus de la nudité ou des tenues affriolantes, la pornographie se réduit ici à une occupation formelle de l’espace (du tableau) par des corps agencés à cette fin. De même que les scènes pornographiques, les images de sports collectifs, et plus encore de rugby, montrent des corps en contact, des entités physiques littéralement mêlées. Si l’on reconnaît bien, dans le cas qui nous occupe, cette phase bien connue du jeu de rugby qu’est la «touche», l’artiste en a gommé toutes les traces sportives habituelles : la boue, l’effort, les tenues, etc. On se trouve alors face à une chorégraphie bien réglée, proche aussi d’une sculpture que la saisie photographique aurait fort efficacement restituée sous la forme d’un…tableau. Tableau, en effet, parce que la photographie ne fixe (fige) pas ici le mouvement, mais enregistre une scène immobile, elle-même issue de phases de représentation successives et rigoureusement analysées.

Jean-Marc Huitorel

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Sans titre, 2003

Sans titre, 2003


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