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Adam ADACH

Né en 1962/09/28 - Nowy Dwór Maz Pologne • Vit et travaille à Paris


En polonais, «pole» signifie «champ». La vision de ce champ vient à Adam Adach de la petite ville où il a passé son enfance, dans l’ouest de la Pologne, une cité divisée en deux par ce terrain. D’un côté la vieille ville d’influence germanique, de l’autre, la nouvelle, inspirée par l’ «utopie» communiste et principalement occupée par des militaires affectés à une base aérienne voisine. C’est un paysage d’hiver auquel la neige confère une dominante blanche. Les deux tiers inférieurs du tableau constitueraient un monochrome blanc, n’était le bonhomme de neige qui l’arrime malicieusement à la figuration du réel. Le tiers supérieur est occupé par une alternance de forêt et d’habitat, fermé à gauche par une chaufferie dotée d’une haute cheminée dont la fumée, en s’échappant vers la droite, sert de cadre dans le cadre, comme, parfois chez Cézanne, une ramure. Mais c’est le contrepoint chromatique, d’un jaune vif cerné de rouge qui attire le regard : un rectangle très allongé et divisé en trois parties égales, percé sur deux d’entre elles de petites ouvertures carrées, elles-mêmes cernées de rouge. On dirait un tableau en triptyque, ou bien un train avec locomotive à vapeur et trois wagons, mais le motif originel en est une architecture d’hypermarché, signe emblématique autant qu’ambigu de la transformation de la Pologne, qu’on a implantée là. L’endroit est d’autant plus familier à Adam Adach qu’il s’agit du chemin qui conduit chez le vétérinaire ; lui qui, avant de devenir artiste, fut vétérinaire.

Une part non négligeable de la peinture d’Adam Adach trouve sa source visuelle dans les décors de son enfance polonaise (mais aussi, plus tard, dans les lieux divers où sa vie l’a mené). Autant dire que l’histoire (avec un petit h et avec un grand H – ou « une grande hache » comme disait Michel Leiris) y joue un rôle central.
Née peu après la chute du mur, dans un pays qui ne l’avait pas attendue, cette chute, pour ruer dans les brancards, la peinture d’Adach aurait pu se contenter de recycler habilement ce background assez prisé. Ce ne fut pas le cas, et dès le milieu des années 90, les premières œuvres qu’on vit de lui témoignaient d’un univers très singulier. Car, évidemment, Adam Adach n’est pas (seulement) un peintre d’histoire. Tout d’abord parce que l’élément autobiographique occupe dans son travail une place importante, mais aussi parce que sa peinture, comme toute peinture digne de ce nom, interroge sans cesse ses propres codes et sa propre…histoire. Elle constitue une réflexion approfondie sur la relation à l’image et au motif, sur les catégories de la figuration et de l’abstraction que, manifestement, elle ébranle ; sur la question du «comment peindre ?», en particulier après Ryman et Richter ; sur les notions de pittoresque et de sublime, etc. Pole offre la plupart de ces entrées et, comme nous le suggérions plus haut, cette surface jaune cernée de rouge évoque autant (et sans doute plus) le tableau que l’hypermarché, un tableau qui rappelle le «petit pan de mur jaune» par lequel Proust fait de Bergotte un redécouvreur de Vermeer, le manifeste héroïque de Barnett Newman (Who is afraid of yellow, red and blue ?) ; et peut-être aussi les mises en perspective de tableaux dans le tableau dont René Daniëls, au cours de sa fulgurante carrière, a su nous gratifier.

Jean-Marc Huitorel

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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