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Charles FRÉGER

Né en 1975/01/21 - Bourges France • Vit et travaille à Rouen


Charles Fréger a obtenu son diplôme national supérieur d’expression plastique en juin 2000, suite à des études à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Rouen.
Il est le fondateur du réseau Piece of Cake et de la maison d’édition POC.

Il se consacre à la représentation poétique et anthropologique des groupes sociaux tels que les écoliers, les sportifs, les militaire, les majorettes … Il a notamment réalisé des portraits de jeunes dans des structures collectives impliquant le port d’une tenue vestimentaire uniforme : élèves de l’école de l’armée de l’air de Salon-de-Provence, Scouts de France, marine nationale, clubs de supporters de football, écoles anglaises, écoles industrielles, clubs de majorettes...

« … A l’école d’industrie laitière, le photographe tire parti de ces surfaces carrelées, de cet appareillage de tuyaux et de cuves sur lequel il accroche les reflets. Sinon il ferme la perspective avec un mur plat. Les portraits sont toujours pris à l’intérieur, sous une lumière artificielle, égale. L’ombre est bannie, les êtres se dressent debout dans la transparence d’un air dont est évacuée la buée ou la poussière que produisent habituellement de tels lieux. Le geste, le regard, la pose, trahissent une attitude face à la vie. Pour que les individualités se manifestent, le photographe a su effacer les conventions. Il compose la scène et retrouve souvent des souvenirs picturaux. Les bras ballants rappellent ceux du Gilles de Watteau. Le registre coloré reste clair. Les Pattes blanches forment une symphonie immaculée, avec leurs grands tabliers, les matières différentes, coton, plastique qui absorbent différemment la lumière. Il y a peu de cadrages serrés sur la face car il s’agit de saisir le personnage avec son uniforme, quand bien même se limiterait-il à un bonnet de bain. Et c’est ici que Charles Fréger fournit une clé pour comprendre ce jeu des apparences. Son intérêt pour les uniformes a de quoi surprendre, le terme n’évoque-t-il pas l’ordre, la discipline, l’absence de fantaisie et l’effacement de la personnalité ? Ne serait-il pas une façade derrière laquelle le modèle se dissimulerait et se déroberait, de telle sorte que la tâche du portraitiste deviendrait difficile sinon impossible. Il n’en est rien, en fait, comme le révèle la photographie. Ces images semblent pointer une question simple : qu’est-ce qui nous rassemble ? Car chaque suite, à travers ses figures individuelles, est un portrait de groupe à chaque reprise, le photographe se demande et indique ce qui réunit les individus, ce qu’ils ont en commun ? Cela tient effectivement à quelques signes émis par la société. Le corps devient en quelque sorte un porte-enseigne ; il se tient à l’articulation du subjectif et de la communauté. Toute société est faite de mimétisme, de tropismes, d’instincts grégaires ; une cravate, une charlotte, un duffle-coat suffisent pour qu’on se reconnaisse. Une tribu tient par ces détails qu’elle exhibe, change et échange, par ces rituels. Et Notre-Dame rappelle qu’on n’échappe pas aux uniformes, puisqu’on ne fait jamais qu’en changer avec le temps. Les élèves photographiés dans des classes différentes décrivent parfaitement ce cheminement. Les petites classes ne sont pas prêtes à contester l’autorité ; on se glisse sans barguigner dans les habits imposés par le collège. Puis en grandissant la tenue se relâche, on fait preuve d’originalité, on prend quelques libertés avec la règle. Enfin on adopte la tenue des jeunes adolescents, cette vêture qui ressemble à un nouvel uniforme : baskets, parka, casquette… En faisant ces portraits, Charles Fréger suggère la trame d’un tissu social. L’auteur s’y comprend d’ailleurs lui-même et c’est ce qui introduit sans doute dans ses images, malgré la distance, de la complicité. L’auteur n’est guère plus âgé que les personnes qu’il photographie et il s’y reconnaît encore. Cela ne saurait surprendre outre mesure, n’est-il pas inévitable de parler de soi au début de son œuvre… »

Philippe Arbaïzar
Conservateur à la Bibliothèque nationale de France

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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