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Sylvie FLEURY

Née en 1961 - Genève Suisse • Vit et travaille à Genève (Suisse)


Stretch #7 est une pièce particulièrement emblématique du travail de Sylvie Fleury. Elle reprend un procédé qu’elle emploie très souvent, à savoir l’appropriation d’un motif ou d’une forme empruntée à l’histoire de l’art (typiquement masculine et moderniste) et procède à son détournement (sur un mode pop et connoté féminin). Ses appropriations revêtent un caractère second dans la mesure où elles remettent généralement en circulation dans le champ artistique des formes qui sont déjà des produits « dérivés » de l’art — en l’occurrence, ici,un pull-over Jean-Paul Gautier reprenant un motif de Op Art à la Victor Vasarely. La photographie fait partie d’une série de photos du même type (format et support identique) reprenant toutes avec le même cadrage, le buste en gros plan de l’artiste portant des vêtements reprenant des motifs de tableaux abstraits.

Le choix de cette photographie est particulièrement significatif, si l’on pense au rejet viscéral dont a fait l’objet l’Op Art à l’époque de son apparition dans la critique d’art « sérieuse ». Le rejet critique de l’Op Art était en fait à la mesure de sa popularité. On sait en effet combien l’appropriation de la peinture Op par la culture « pop », celle de Bridget Riley et de Vasarely en particulier, a été en son temps spectaculairement rapide, la faisant passer en l’espace de quelques semaines du chevalet à la machine : sur les métiers à tisser, sous les presses des magazines à grand tirage ou encore transférée en tant que motif sur de la vaisselle... Le fait que l’Op Art ait véritablement investi le domaine de la mode a largement contribué à son discrédit critique.

Mais aussi méprisé qu’ait été l’Op par la critique, en raison de sa superficialité (réelle ou supposée), sa cooptation par la culture de masse constituait une réalisation véritable, au moins dans son mécanisme, des aspirations de l’art constructif et apparenté — que cet effet ait été délibéré, comme dans le cas de Vasarely, instruit à l’Ecole Bauhaus, ou non désiré, comme dans le cas de Bridget Riley. Stretch #7 témoigne ainsi d’un intérêt, non pas tant pour l’Op Art en tant que tel que pour ce qui en est sorti. Tout l’intérêt de l’Op tient, pour certains artistes aujourd’hui (Fleury, mais aussi Isermann, Tremblay…) dans le fait qu’il a trouvé une véritable valeur d’usage. Une application industrielle, médiatique, ou domestique. L’Op Art est parvenu à un tel point de sécularisation dans le paysage visuel que ses applications ont dépassé leur modèle. Il est devenu un lieu commun visuel de l’habillage télévisuel, des effets spéciaux cinématographiques, des pochettes de disques, et revient cycliquement comme mode vestimentaire ; les Stretch de Sylvie Fleury sont des appropriations d’éléments issus de ce qui est déjà une réinterprétation de l’abstraction. En cela, elle remet en circulation dans le champ de l’art ce qui en avait été expulsé sous forme de « produits dérivés », redoublant la logique appropriationniste qui a prévalu en art pendant les années 80.

Vincent Pécoil

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Stretch, 1996


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