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Raymond PETTIBON

Né en 1957/06/16 - Tucson États-Unis • Vit et travaille à Los Angeles (États-Unis) et à Hermosa Beach (États-Unis)


Raymond Pettibon est né en 1957, il vit et travaille en Californie, à proximité de Los Angeles. Tout d’abord connu pour son travail d’illustrateur au sein de la scène punk locale (il a notamment été le graphiste «résident» du label SST), ses dessins ont par la suite été reconnus, dans les années 90, pour leur qualité proprement artistique. Auteur prolifique, les dessins qu’il a réalisés par milliers, pour la plupart à l’encre de chine, sont autant de fragments de récits interrompus.

Dans la série de cinq dessins acquise par le Frac Franche-Comté (If I had, 2000 ; I Find Little, 1999 ; Although Some Living, 1998 ; Go Ahead… Ask, 1999 ; She Sees People, 1994), très représentative de l’ensemble de son travail, les personnages, les événements qu’ils dépeignent sont toujours parcellaires et suggestifs, et aucune «histoire» précise ne se dégage de leur accumulation. Le texte est parfois en décalage avec l’image, ou ajoute au trouble plus qu’il n’éclaire le sens du dessin. Des thèmes et des figures reviennent toutefois de manière récurrente dans son travail en général, thèmes puisés tant dans la culture populaire américaine que dans une inspiration littéraire classique — film noir, littérature romantique (Ruskin, Poe…), pulps, mythologie rock, récits bibliques, imagerie télévisuelle, événements parmi les plus sombres de l’histoire de l’Amérique récente. Ici, ce sont la statue de la liberté, un auto-portrait, un train évoquant la conquête du territoire américain, l’image d’un des pères fondateurs de la nation (mêlée à d’inquiétantes déclarations, évocations d’une histoire plus récente)… L’univers qu’il reconstitue à la manière d’une mosaïque incomplète peut faire songer à la Californie décrite par Henry Miller, un «cauchemar climatisé». Exploitant ses symboles historiques et culturels, l’image de l’Amérique qui se dégage de ses œuvres est celle de l’autre face du rêve américain, un monde tourmenté et lyrique.

Le ressort fondamental de son travail consiste en l’association poétique de l’écrit et de l’image. Lecteur boulimique, Pettibon isole une ou plusieurs phrases, voire un mot seulement, de ses lectures, pour les insérer dans ses dessins, non pas tant comme un commentaire de ceux-ci que comme un élément graphique à part entière. Son dessin «sans qualité», dénué de virtuosité même si ses créations récentes sont moins sommaires dans le trait que ses dessins du début des années 90, emprunte ses formes à la bande dessinée mais surtout à l’illustration (autrement dit à un style commun, impersonnel, universel), un genre qu’il a pratiqué notamment sous forme d’affiches et de pochettes de disques. Ses sources d’inspiration — formelles et intellectuelles — puisent également dans l’œuvre de William Blake, Otto Dix, Goya ou encore Daumier. Sachant sa passion prononcée pour les romans de James Joyce, on pourrait avancer que la réunion des dessins de Pettibon forme une sorte de stream of consciousness graphique, soustrayant à la bande dessinée comme aux textes utilisés leur continuité narrative, formant des ellipses visuelles.

Vincent Pécoil

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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