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Allan SEKULA

Né en 1951 - Erie États-Unis • Décédé 2013/08/10 -


«Comment découvrir l’intervalle dans lequel réside l’idée de liberté ?» s’interroge Allan Sekula1.. Défini comme «réalisme critique», son travail s’articule en séries rassemblant une multitude de photographies qui explorent le monde du travail et les répercussions de l’économie mondiale sur les communautés locales. Pascal Beausse parle à leur propos de «procédure d’enquête». Se jouant de la frontière fluide qui sépare la photographie artistique de la photographie documentaire, Allan Sekula porte en effet un regard critique et inquisiteur sur un monde ouvrier – tout particulièrement celui de la mer – dont il semble vouloir conserver la trace de toutes les facettes publiques et privées.

Avec Untitled Slide Sequence (1972) – qui se présente sous la forme d’une projection de diapositives montrant l’arrivée des travailleurs à l’usine – il observe ce «bref intervalle collectif entre l’immense intérieur fonctionnel de l’usine aérospatiale et l’isolement de l’automobile particulière : l’intervalle entre le travail et le home».

Shipwreck and worker, Istanbul, fait partie de la série Titanic’s wake réalisée par l’artiste entre le printemps 1998 et le 31 décembre 1999, lors d’un périple entre Vancouver, Seattle, la mer Noire, Bilbao et la Touraine. Attentif à l’idée de frontière et à la réalité des flux humains et des biens de consommation qui nécessairement s’y rapportent, Allan Sekula porte un regard aigu sur cette microsociété où toutes les règles et repères de la globalisation sont présents.

Avec Titanic’s wake, il s’intéresse plus particulièrement à la zone frontalière qui existe entre la Californie et le Mexique où «le "premier" monde urbanisé et le tiers-monde entrent directement en collision», et où James Cameron a installé les studios-chantiers nécessaires au tournage de la production hollywoodienne du film éponyme.

Symbole du naufrage des rêves grandioses de l’homme moderne, le Titanic traîne pourtant dans son sillage ces gigantesques pétroliers aux noms tout aussi prestigieux et qui viennent régulièrement s’abîmer sur nos côtes, nous rappelant ainsi l’existence de ce monde maritime que l’on préfère souvent oublier. La veillée funèbre2.du Titanic ne peut présager que du pire…

Eléonore Jacquiau Chamska


1. Toutes les citations sont extraites de « Allan Sekula, réalisme critique », interview d’Allan Sekula par Pascal Beausse, Art Press n° 240, 1/2002, p. 20-26

2. Jeu de mot réalisé par l’artiste sur la signification du terme « wake ».

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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