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Erwin WURM

Né en 1954 - Bruck an der Mur Autriche • Vit et travaille à Vienne (Autriche)


On sait la place, privilégiée s’il en est, qu’occupe notre corps dans l’œuvre d’Erwin Wurm. Aux antipodes de quelque expression héroïque, ses sculptures, vidéos et photographies performatives montrent une attention au peu et à la banalité de nos rapports au quotidien. Nos gestes empêtrés sont rejoués grâce à des défis aussi absurdes que drôles, tels que se jeter soi-même dans une poubelle, porter un sac sur la tête ou tenu entre les dents, se tenir debout sur deux balles, maintenir divers objets entre soi et l’autre. Mais avant de soumettre notre anatomie à des positions inconfortables et incongrues, voire à des contorsions – les fameuses One Minute Sculptures –, l’artiste s’est penché sur ce qui la couvre d’ordinaire : le vêtement. Car, de même que le corps appelle une enveloppe, une enveloppe nécessite une “forme”, quelle qu’elle soit, afin de pouvoir devenir sculpturale ou bien même sculpture. D’un côté, l’artiste explore toutes les manières possibles de porter pulls,T. shirts et autres habits : mises en dépit du sens commun, distendues, invaginées, superposées les unes aux autres, nos parures habituelles adoptent le biomorphisme d’une gymnastique bien réglée. Les excroissances et boursouflures ainsi provoquées métamorphosent ce qui ressemble à peine à un humain en une plastique difficilement descriptible. Le corps est de la sorte réifié – mais il continue cependant de bouger, il est bien vivant, semblant devenir aussi élastique que le tissu, – et l’habit semble acquérir plus qu’une manière d’autonomie : une vie propre.

Dans d’autres œuvres à l’inverse, la souplesse de notre garde-robe obéit à l’abstraction. Pull-over vert et Pull-over noir et blanc sont deux “sculptures vestimentaires”, dont Wurm a décliné le principe de la fin des années 80 au milieu des années 90. Cette fois, l’enveloppe est habitée par quelque présence inanimée : ce sont des volumes qui sont recouverts, qui d’un manteau, qui d’un pantalon, qui d’une chemise ou d’un pull. Ceux-ci, littéralement, sont pliés à la géométrie stricte du parallélépipède ou du cylindre. Ainsi soigneusement couverts d’une peau de tissu, le socle et le support mural (qui est aussi bien une étagère) acquièrent-ils une véritable présence. S’ils évoquent indéniablement par leur mise en espace les “objets spécifiques” chers à Donald Judd, Wurm détourne leur neutralité supposée. Davantage, avec humour, la théâtralité que Michael Fried reprochait à l’art minimaliste trouve ici une manière d’illustration : de latent, l’anthropomorphisme des volumes devient patent. Le processus dont résultent les Pull-over rappelle quelque tentative maniaque de soumettre l’informe à un ordre strict. Presque autoritaire, cette attitude désigne chez Wurm son absurdité même. Du reste, ramenant le faire à quelques actions dérisoires effectuées sur nos oripeaux quotidiens, l’artiste semble défaire l’idée d’autorité créatrice. Gardant l’empreinte de diverses esthétiques radicales développées au cours des années 60 et 70, ces réalisations sont montrées comme leur version affaiblie. Affaiblie, c’est-à-dire à dessein débarrassée de toute grandeur, de tout sérieux, de quelque imposition d’une vision. Pourtant, c’est leur modestie même qui confère à ces œuvres toute leur potentialité critique aussi bien que comique.

Natacha Pugnet, décembre 2008

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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