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Thomas HUBER

Né en 1955 - Zurich Suisse • Vit et travaille à Mettmann (Allemagne)


Thomas Huber propose par le biais essentiellement du médium peinture, la représentation du monde, ou plutôt d’un monde tel qu’il aime à l’imaginer, à l’idéaliser. Chaque oeuvre est définie par l’artiste comme un «espace pictural» dans lequel «le peintre s’ouvre l’étendue de ses possibilités». Celles que se donne Thomas Huber sont nombreuses et révèlent la volonté presque obsessionnelle de l’artiste d’intégrer le regard du spectateur à l’espace de la représentation. Au travers de ses sujets favoris : représentations intérieures ou extérieures de vastes lieux souvent institutionnels : bibliothèques, théâtres, musées… ou lieux plus intimes : lieux d’habitation, ateliers d’artiste… Huber propose au spectateur une introduction imaginaire dans le tableau, dans un «espace prospectif de vie». Il considère son tableau «comme une utopie prêt-à-habiter»1. Les toiles d’Huber, impressionnantes de réalité, par leur dimension, par la précision du dessin et grâce à l’effet de profondeur rendu par l’usage parfaitement maîtrisé de la perspective, pourraient être comme de grandes portes ouvertes sur des espaces à visiter. Espaces qui néanmoins restent le territoire de Thomas Huber. En témoigne la présence dans ses toiles, d’éléments récurrents ; des éléments picturaux : le plus souvent chaque espace représenté est orné de grandes peintures colorées aux motifs simples (carré, losange, rond…) caractérisant une certaine esthétique constructiviste de l’artiste ; des éléments narratifs : représentation de ses outils de travail, d’objets ou meubles personnels, parfois de membres de sa famille ou enfin même de l’artiste en personne sous la représentation métaphorique d’un petit bonhomme orange figurant un concierge «veillant à ce que cet espace soit toujours propre»2. Enfin la mise en abîme systématique, les références à l’histoire de l’art, la présence de nombreux objets mystérieux et l’utilisation de symboles parfois difficiles à déceler, révèlent toute la complexité et la part d’étrangeté présentes dans cet univers que nous dévoile l’artiste. Huber propose cependant d’autres clefs en accompagnant systématiquement ces pièces de textes ou de discours proclamés en général les soirs de vernissages, «lui donnant un moyen supplémentaire de créer, [ce] dont le peintre classique ne dispose pas. J’affirme des choses qui offrent la possibilité d’accéder à l’image, d’y entrer.»

Halle IV est à l’origine un des projets que Thomas Huber devait soumettre en 2000 à une banque suisse, lui ayant passé commande pour la décoration de son hall d’entrée. 40 croquis furent donc réalisés pour l’occasion. Le Frac Franche-Comté, ayant eu accès aux croquis grâce à la galerie Skopia à Genève, proposa à l’artiste la réalisation de Halle IV, qui fut l’objet d’une acquisition en 2000 puis de l’exposition de 2002. Halle IV figure un vaste hall d’entrée, dans lequel apparaissent les nombreux éléments récurrents déjà évoqués. Le lieu semble totalement investit par l’artiste qui en a fait son atelier. Huber ne se représente pas mais tout indique sa présence et contrairement à l’invitation généreuse «d’entrer dans l’espace pictural» proposée dans de nombreuses toiles, le spectateur semble peut-être ici moins attendu. La perspective permet l’illusion de profondeur et accentue une impression de densité. Dans ce vaste espace le désordre règne. On aperçoit le matériel du peintre : chevalet, châssis, escabeau, récipients, équerres… Plusieurs objets et meubles sont également dispersés dans la pièce : commodes, chaises, table de travail, vitrine, sculptures…Tous ces éléments sont en vérité des références directes au cadre de vie de l’artiste et par ailleurs des objets de design réputés: le meuble reproduit à droite est une commode conçue par sa mère, installé dans le salon de la maison familiale, la chaise qu’il utilise pour peindre est un classique du design suisse dessiné par Werner Max Moser pour un café de Zurich (Le Select), et celle de sa table de travail, une Stabelle, chaise rustique alpine, un héritage de famille. Ou bien encore les lustres minimalistes, représentés dans de nombreuses toiles, datent de l’époque du Bauhaus, univers artistique que Thomas Huber a beaucoup fréquenté par le biais de ses parents. Enfin, un grand nombre de représentations de Halle sont dispersées dans l’espace : toiles, aquarelles, maquette à grande échelle… L’artiste s’est donc donné plusieurs possibilités avant d’opter pour le Halle IV tel que nous le voyons, également représenté sur l’aquarelle posée à terre sous le châssis. Cette mise en abîme dévoile alors l’histoire du tableau à l’intérieur même du tableau. Huber crée ici un espace pictural qui lui est propre, dans lequel se mêlent réalité et fiction accentuée par la présence mystérieuse d’un masque bleu au premier plan, et dans lequel le processus même de réalisation du tableau devient un monde ouvert aux libres déambulations imaginaires du spectateur.

Juliette Beorchia



1 Ces dernières années, Thomas Huber a créé "Huberville», « projet en cours d'une ville utopique, sous la forme d'une installation en trois dimensions qui déploie les caractères de sa peinture. La ville est à son tour pensée comme un espace de représentation et le visiteur, invité à en emprunter les artères, traverse un univers où sont questionnés les liens entre culture et collectivité ». Maison de la culture d’Amiens

2 Le petit bonhomme orange est un personnage inventé en 1993, présent dans plusieurs de ses toiles

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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