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Marie José BURKI

Née en 1961/01/11 - Biel/Bienne Suisse • Vit et travaille à Bruxelles (Belgique)


Horizons of a world est un «vidéo-paysage» (23’47’’) issu d’une série de plusieurs vidéos (Horizons of a world I – V) que l’artiste réalise entre 2001 et 2004. Celle-ci présente avec un zoom important, une sorte de «balayage» effectué sur la campagne genevoise et française, vue depuis les hauteurs du Mont Salève. Derrière cette simple veduta contemporaine, le film, dévoile, petit à petit, une mécanique riche et complexe.

Les prises de vues ne présentent pas un simple paysage vu d’en haut, alourdi par un zoom comme en imposent certaines caméras de surveillance. Les mouvements incessants de la prise de vue font apparaître des zones urbaines, périurbaines, la campagne, la forêt… Parfois la caméra suit le parcours d’une voiture sur l’autoroute, ou d’un train, puis d’une autre voiture, bribes de scénario qui justifient le film et cloisonnent ainsi un territoire dont chacun peut au fur et à mesure des différents passages, enregistrer un certain nombre de repères : le terrain de golf, les serres, les vignes…

L’image devient alors plus musicale. Les réseaux routiers et ferroviaires forment des lignes directrices, comme une partition avec laquelle la caméra joue dans ses mouvements tantôt ondulatoires, tantôt horizontaux, verticaux ou en diagonales. L’impression est aussi accentuée par les zooms et «dézooms» et la vitesse changeante qui pourtant ne semble jamais vouloir laisser le film se terminer, sauf, quand le noir, brutalement, vient mettre un terme à cette étrange symphonie rythmée par le ronron lancinant de ces zones en bordure d’agglomérations. D’autres trames, celles des champs, des serres, des vignes, donnent à l’image un caractère plus pictural. L’ondulation devient alors plus paysagère et semble plus précise géographiquement. Le zoom écrase la campagne, crée des aplats, la caméra devient pinceau, qui brosse ainsi le paysage comme dans une peinture. Les courts de tennis ne sont plus que des plans colorés. Comment ne pas penser à David Hockney et l’immense toile qu’il réalise en 1980 : Mulholland drive : the road to the studio (2,18m x 6,17m, LACMA, Los Angeles), œuvre dans laquelle il met en œuvre les principes de la peinture chinoise, multipliant les points de vue pour ensuite les coaguler dans un espace en deux dimensions : «Vous voyagez autour du tableau, précise-t-il, ou votre œil le fait et la vitesse à laquelle va le tableau est celle de la voiture sur la route»1. Image fixe et images en mouvements ne présentent alors plus aucune différence car ce qui est en jeu, pour l’une comme pour les autres, c’est la perception.

La perception est une notion, avec celles du temps et de l’espace que Marie José Burki interroge sans relâche, dans l’ensemble de ses travaux, rejoignant ainsi les préoccupations d’autres vidéastes tel Bill Viola. Les visions autoroutières d’Horizons of a world croisent celles du premier volet du triptyque The city of a man, que l’artiste américain réalise en 1989. Les nombreuse pièces que Marie José Burki a réalisées avec des animaux interrogent également, tout comme I Do Not Know What It Is I Am Like (Bill Viola, 1986), la difficulté que l’homme éprouve face à l’empathie, son impossibilité de ressentir, de refléter l’autre, humain, animal, végétal ou paysage et finalement son incapacité à devenir autre.

Dans la simplicité apparente de ce qu’elle donne à voir et dans sa complexité cinématographique, Horizons of a world est une vidéo qui cherche à imprimer une forme évidente à l’image, une forme ouverte pour questionner le voir et obliger le spectateur à voir à nouveau, le « condamner » à mieux voir, en somme, lui réapprendre à voir.

Alexandre Rolla

1 David Hockney rétrospective, Paris, Nathan image, 1989, p. 51.

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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