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Xavier VEILHAN

Né en 1963/06/10 - Lyon France • Vit et travaille à Paris


Au-delà de la grande diversité des images, des médiums ou formats utilisés par Xavier Veilhan, les procédés de simplification formelle semblent être un dénominateur commun à ses réalisations : aplats, réduction nombre des couleurs, simplification des contours ou des volumes. Cette démarche n’a rien de formaliste pour autant, convoquant d’autres modèles pour l’art, comme le dessin d’illustration, la fabrication de leurres, la technique. Son travail porte, bien plutôt que sur l’essence supposée de telle ou telle forme d’art, sur la schématisation, ou la codification, inhérente aux différents medias. Simplifier, ou modéliser, est un moyen d’appréhender la complexité du monde. Veilhan dit vouloir créer un type d’image qui est «souvent plus proche du modèle générique que du réel particulier».

Ces «images génériques», ce sont par exemple, comme dans la collection du Frac Franche-Comté, ce paysage qui semble numérisé, ou ces figures d’animaux simplifiés — plutôt des figurines, entre jouets et statuaire . Les animaux (1990) présentent une texture et une surface a priori tout-à-fait déplacées pour ce type d’objet, très simplifiée, tirant le sujet vers l’abstraction. Le Paysages fantôme (2002-2003) accentue cette confusion entre l’abstrait et le figuratif. Le tableau de cette série acquis par le FRAC est en fait constitué d’une plaque d’aluminium montée sur un châssis également en aluminium (Dibon). Au cours du processus de fabrication, la plaque est préalablement laquée, puis sablée mécaniquement, le sablage ôtant la couche de laque, découvrant l’aluminium. Le motif, créé en défonce, laisse apparaître une grille de pixels créée auparavant sur informatique. Comme pour ses tableaux en impression numériques ou ses sculptures, comme les animaux, Veilhan procède par soustraction (et non par recouvrement) et simplification. Elimination des détails et des nuances, simplification des formes, réduction du nombre de couleurs, etc. La grille du «paysage fantôme» apparaît dans un premier temps totalement abstraite et proche, formellement, d’une composition Op, mais vue à une certaine distance, elle restitue en fait une image — un paysage. Une fois identifiée, la composition abstraite devient potentiellement figurative, et la connaissance prend le pas sur l’expérience visuelle. Une connaissance surdéterminée par l’histoire de ce type de motifs en peinture : car si le sujet (les falaises d’Etretat) renvoit bien sûr à la peinture impressionniste, son traitement rappelle à quel point ces paysages sont devenus des images génériques, passées dans la culture commune.

L’image-source du paysage fantôme comme les animaux réels est rendue étrange, non immédiatement compréhensible par l’application de procédés de retouche d’image numérique. La schématisation des animaux les fait paraître irréels. Ce jeu sur les faux-semblant, fait apparaître le côté étrange non seulement d’images banales, stéréotypées, mais encore des procédés techniques de reproduction de l’image et de la perception elle-même. L’une des plaisanteries préférées de Marshall McLuhan consistait à rappeler que «l’on ignore qui a découvert l’eau, mais que l’on est par contre à peu près sûrs que ça n’était pas un poisson», autrement dit qu’il est nécessaire de sortir d’un environnement technologique et culturel pour saisir toutes ses implications. Le travail de Veilhan pourrait être décrit comme une sorte de méditation plastique sur notre environnement technologique et perceptuel, une anamnèse visuelle des formes de l’ère industrielle.

Vincent Pécoil

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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