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Claude CLOSKY

Né en 1963/05/22 - Paris France • Vit et travaille à Paris


L’univers du trivial, du quotidien, est celui du travail de Claude Closky, reflet d’un monde saturé par les représentations publicitaires, devenues lieu commun. Peut-être que le shopping est la dernière habitude par laquelle nous éprouvons encore le sentiment d’une appartenance communautaire (le plus souvent le samedi). Les accumulations de fragments de textes et d’images, parfois de sons, prélevés dans le flux médiatique sont le matériau ordinaire de cet artiste qui a fait de la prégnance de la «communication» sur nos imaginaires le sujet essentiel de son travail.

Deux des œuvres de cette série reprennent des photographies ; l’une, Séropositif habillé par Benetton (1996), reprend une publicité réelle pour la marque Benetton. L’autre, Autoportrait sans tête, sans bras et sans jambes (1996), ressemble à une photo ratée «standard» - une photographie amateur au cadrage désastreux, comme il arrive parfois. Suffisamment précise pour être facturée par le laboratoire photo, mais vraisemblablement désespérément insatisfaisante pour le client venant la récupérer. Les autres pièces sont des dessins au stylo bille noir sur du papier bristol. Un genre de papier commun, plus généralement associé avec l’univers du travail de bureau que des beaux-arts, tout comme le stylo bille. Accordant le moyen à l’intention, les dessins de cette série prennent tous comme motif des fragments de réalité anodins : Le milieu d’un clou (1996) consiste juste en un petit trait droit, et Un petit cheveu ou un long poil (1996) ne semblent pas tellement différents, à vrai dire. Au fond de l’évier (1996) reprend le motif formé par les trous du filtre de l’évier, presque comme s’il s’agissait d’un décalque. Un virage (1996) reprend, comme s’il s’agissait d’une œuvre abstraite trouvée, des panneaux de signalisation indiquant le sens de la route. 12 Gouttes (1996) est une répartition aléatoire de gouttelettes ; un dessin certes réaliste, mais dont le choix, peut-on suspecter, relève plus de la paresse que de l’intérêt de l’étude. L’échelle de Une araignée avec 10 pattes (1996) est suffisamment réaliste pour se dispenser des détails, de même qu’Une dent de plus (1996). La vérité géométrique de Deux points qui sont alignés (1996) ne peut certes pas être mise en cause, mais sa pertinence est moins évidente, tout comme la comparaison de Deux chiffres qui ne se ressemblent pas (1996).

Tous ces sujets paresseusement exécutés semblent a priori dénués d’intérêt, indignes de l’attention d’un artiste. La banalité de ces motifs semble n’avoir pour intention que de résister au qualificatif de dessin, d’éprouver, en fait, les limites des beaux-arts. En ce sens, les dessins gagnent par là même, paradoxalement, leurs titres de noblesse : l’histoire de l’art moderne depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui pourrait être résumée sous la forme d’une litanie d’objets anodins devenus le sujet de l’art : une botte d’asperges, un sèche-bouteilles, une pelle, une boîte de soupe en conserve, des fragments de publicités pour des stylos et des montres rephotographiés…

Vincent Pécoil