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Eric POITEVIN

Né en 1961/05/05 - Longuyon France • Vit et travaille à Mangiennes


Depuis une vingtaine d’années, Éric Poitevin constitue des ensembles (plus que de véritables séries) restreints dans leur nombre autant que dans les variations qu’il s’y autorise. Il a ainsi photographié des anciens combattants de la guerre 14-18, des habitants d’Arbois, des chevreuils tués en battue, des paysages, des boîtes de papillons épinglés, des demi chevaux de profil (partie arrière), des vaches, des os, des portraits, des nus… Les formats varient, mais bon nombre d’entre eux sont grands. Éric Poitevin affirme qu’il est photographe avant d’être artiste. Cela peut vouloir dire que les images qu’il produit relèvent du photographique (c’est-à-dire d’un point de vue spécifique et dicté par le médium) plutôt que de l’esthétique. Certes, on se trouve ici en face d’une forme très photographique et très frontale de la réalité. Mais en même temps il avoue établir par ses images un dialogue, parfois conflictuel, avec les autres photographes, que ce soit les primitifs comme Cuvelier, Le Secq ou les contemporains comme les Becher, Cindy Sherman ou Andreas Gursky. On peut, dans ces conditions, avancer qu’Éric Poitevin est un post moderne qui a retenu la leçon du modernisme : il prend l’histoire en compte pour construire des objets visuels que seul son médium peut produire.

L’ensemble Sans titre de 1993 montre des corps de chevreuils abattus par des chasseurs. Ils sont bagués et on voit leurs blessures. Leur format (147 x 120cm) en fait des tableaux. Le fond sombre, bien que s’agissant du sol, en décontextualise le sujet et, étrangement, tire l’image à la fois du côté de la peinture (Courbet) et d’une hypertrophie photographique de l’effet de réel. C’est sur cette tension que ces œuvres se fondent.

Le paysage sylvestre de 2000 se présente sous la forme d’un diptyque. On se trouve en présence de la même vue, mais l’une est en couleur et l’autre en noir et blanc. Il s’agit du cadrage serré d’un fouillis d’arbres tombés (une tempête ?) avec, en arrière-plan un rideau de feuillus solidement debout. Dans cette pure surface, que seule la précision photographique peut rendre, domine l’idée du temps et de la mort à l’œuvre (comme dans les «chevreuils», les os, ou ces corps nus et vieillis). On dirait une réponse vaguement mélancolique à l’enthousiaste précision des pionniers du XIXème siècle.

La troisième pièce de la collection, datée de 2000 également, de très grand format (172 x 216 cm), représente un immense et très vieux chêne en contre-plongée, s’élançant dans un ciel blanc de Vendée, et dont l’absence de feuilles dénote ou l’hiver ou le dessèchement de la mort (les deux ?). Comme toujours, la vue est prise à la chambre mais, ici, selon un dispositif spécifique puisque Poitevin a installé un grand miroir au sol afin de pouvoir photographier plus librement l’image ainsi reflétée. Ce qui aurait pu n’être qu’une étude de nature devient ici, par le basculement des plans, un vertige de sensations et de songes ; mieux, avec ces branches s’enracinant dans le blanc impitoyable du ciel : un paradoxe visuel.

Jean-Marc Huitorel

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Sans Titre, 1991

Sans titre, 2000

Sans titre, 2000


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