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Luc DELEU

Né en 1944 - Duffel Belgique • Vit et travaille à Berchem (Belgique)


Architecte et théoricien, Luc Deleu n’hésite pas à privilégier la réflexion à la construction et à sortir des sentiers battus en proposant des «modèles visionnaires» à forte charge utopique ou polémique mais toujours critique. Il a ainsi inventé la notion d’ «orbanisme», un urbanisme à échelle mondiale, et publié un Manifeste dont l’une des propositions consiste à concevoir les océans comme une «réserve spatiale» et à installer la population mondiale sur de gros paquebots qui sillonneraient les mers*.

Architecte et artiste, Luc Deleu élabore des propositions plastiques qui traitent de l’espace et de sa perception et qui incitent le spectateur à réfléchir aux notions d’échelle et de perspective. Celui-ci ne peut plus prendre le monde dans lequel il évolue pour un «cadre» acquis qu’il lui ai donné de subir, mais pour un environnement en construction dont il est un acteur. Depuis vingt ans maintenant, Luc Deleu installe ainsi des arcs de triomphe et des obélisques faits de containers empilés pour faire surgir des points de vues surprenant et susciter de nouvelles réflexions sur un environnement habituel**.

Les notions d’échelle et de perspective sont aussi au cœur des dessins et maquettes de «Principes d’une leçon d’échelle avec deux bâtiments de volume identiques, modèle montrant le Queen Elisabeth I et II», 1981 : deux bâtiments jumeaux, l’un dressé et l’autre renversé, sont associés aux deux navires dans une confrontation d’échelles très persuasive. Il s’agit de la préfiguration théorique du projet Housing (&) the city ; exercices pratiques, projets utopiques et manifestes participent ensemble à alerter et former le citoyen de demain.

La maquette et le dessin acquis par le Frac Franche-Comté permettent de bien comprendre le concept qui est à la base de la proposition faite par Luc Deleu pour le concours Housing (&) the city organisé par le Colegio de Arquitectos de Cataluna à Barcelone en 1989. Il s’agit du renversement. Le projet, non réalisé, prévoyait en effet la construction de deux tours jumelles construites sur le modèle de cubes empilés, l’une dressée, l’autre renversée. Les espaces internes et externes de deux tours sont exactement les mêmes : les sols de l’une deviennent les murs de l’autre et tous les éléments (murs, portes, fenêtres, escaliers ou balustrades) sont conservés ou représentés par leurs ombres portées.

L’utilisation du renversement ne relève ni du spectaculaire ni de l’esbroufe : il s’agit pour Luc Deleu et pour le T.O.P. office, le laboratoire de recherche qu’il a crée en 1970, de changer le rapport au monde par l’ «utilisation rationnelle et inventive du terrain» et de renouveler le principe tour-barre qui domine l’architecture sociale.

Car il s’agit ici d’un programme de logement social, que l’artiste a prévu luxueux. Chaque tour accueille en effet en plus des appartements et studios, une industrie de pointe, un «silo» pour voitures, un hôtel et des équipements communautaires comme une piscine ou une salle panoramique. Un pont culturel et un pont sportif, pensés comme complémentaires, viennent renforcer cette proposition. Ils sont un renvoi discret au navire, présent ou modèle de nombreux projets de Luc Deleu car il permet de bousculer l’idée traditionnelle d’un habitat statique et immuable pour l’associer à l’idée de voyage et donc de perpétuelle transformation.

Eléonore Jacquiau-Chamska

*«Manifeste d’urbanisme» in Luc Deleu, Open Space, catalogue de l’exposition, Internationaal Cultureel Centrum, Anvers, 1980

** Cinq de ses sculptures ont été installées dans le nouveau parc du musée de Middelheim et présentées dans une exposition organisée autour du travail de l’artiste-architecte du 8 juin au 14 septembre 2003