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Véronique JOUMARD

Née en 1964/08/03 - Grenoble France • Vit et travaille à Paris


Les lumières de la ville est un film tourné au Japon (à Tokyo, Kyoto et Osaka). Il est composé d’une succession de gros plans sur des enseignes lumineuses (enseignes de magasins, publicités) qui illuminent la nuit. Dans le film homonyme de Chaplin (City lights/Les lumières de la ville, 1931), Charlot s’éprend d’une fleuriste aveugle – un personnage pour qui la perception des lumières en question est interdite. Ici, la lumière est réduite à sa condition de visibilité. La lumière, aux yeux de celui ou celle qui ne lit pas le japonais, est la seule information véhiculée, faisant basculer la forêt de signes en un spectacle abstrait et hypnotique. Le spectateur (et l’artiste) se retrouvent dans une position purement contemplative, semblable à celle du petit chien de B’s Town (1973), une peinture de John Wesley, face aux informations disséminées dans l’espace urbain, transformées en un environnement abstrait.

Le montage est saccadé, de manière à accentuer l’effet de saturation visuelle de l’environnement et la sensation d’un rythme propre à la ville, comme un écho lointain à l’analogie entre musique, peinture et urbanisme du Broadway Boogie-Woogie (1942-1943) de Piet Mondrian. Mais tandis que l’abstraction de Mondrian se devait d’évoquer une réalité transcendée par la «vision» de ce que la réalité serait dans un futur possible, la réalité avec laquelle compose Les lumières de la ville est prosaïque, et exempte d’idéalisme, et le rythme de la ville animée exprimé dans la vidéo n’est la transposition d’aucun ordre supérieur. Le son en prise directe retransmet un brouhaha urbain, une rumeur indistincte de laquelle émergent des voix, des portières de voiture qui claquent, la «voix off» synthétique de feux de signalisation.

Vincent Pécoil

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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