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Christophe CUZIN

Né en 1956/03/31 - Saint-Siméon-de-Bressieux France • Vit et travaille à Paris


Du travail de Christophe Cuzin, on connaît aujourd’hui essentiellement les interventions réalisées à même l’architecture d’accueil. Parfois pérennes, le plus souvent éphémères, ces dernières viennent modifier la perception du lieu. Ainsi, les aplats colorés déconstruisent pour les recomposer les surfaces et les volumes, mettant en relief l’angulosité de la construction ou jouant contre celle-ci, faisant avancer ou reculer tel partie. Spatialisée, la peinture – dans son sens plein de médium, de composition, de couleur, de faire – prend en compte les données architecturales et, réciproquement, est déterminée par ses spécificités. L’artiste procède également à d’autres reconfigurations, ajoutant des cloisons ou bien, grâce à leur percement, ménageant des points de vue inédits sur l’espace. De ce point de vue, la couleur agit d’une manière comparable à l’“outil visuel” de Daniel Buren. De même, l’œuvre peut être réactualisée et donc se développer dans le temps.

Pour autant, le tableau n’a pas disparu de sa pratique. Tout au contraire, la démarche de Christophe Cuzin repose sur un va et vient entre tableau et intervention in situ. Les trois peintures appartenant à la collection datent de la période où l’artiste montrait encore publiquement ses toiles, chose qu’il ne fait plus depuis 1990. Elles répondent aux règles intangibles posées par Cuzin depuis 1986 : dimensions invariables (185 x 135 cm), symétrie, bandes mesurant 13 cm situées à 7,5 cm du bord, tons rompus et médium passé à main levée. Le peintre confère de la sorte un caractère d’objectivité à son travail, ce dont atteste le descriptif rigoureux des réalisations. Il s’inscrit dans la lignée d’artistes, qui, tout particulièrement au cours des années 70, érigeaient la contrainte comme constitutive de leur pensée plastique. Fondé sur quelques principes clairement donnés à voir, chacun des trois tableaux présente une structure linéaire qui forme un cadre interne mais non une limite à la couleur-valeur du fond. Dans l’une, une bande horizontale centrale instaure la symétrie, tandis que dans les deux autres, cette partition s’effectue verticalement à l’aide d’une seule ou de deux bandes qui ne coupent pas davantage la surface. Minimalistes jusque dans leur discrétion chromatique, ces peintures témoignent d’une attitude de retrait également héritée de la génération des dernières avant-gardes. Tout en effectuant comme d’autres artistes de sa génération une relecture des abstractions historiques “froides”, il n’adopte pas quelque conduite citationnelle détournée ou parodique.

À l’instar de Cécile Bart, d’Adrian Schiess, de Gerhard Rockenschaub ou de Laurent Saksik, Christophe Cuzin élargit la définition de la peinture en l’ouvrant à d’autres catégories esthétiques. Les données formelles de ses tableaux lui sont parfois fournies par l’observation d’architectures désertes, depuis un point de vue précis. Dans un mouvement inverse, la peinture sur toile constitue une expérimentation indispensable préalable aux œuvres in situ. De ces translations du plan aux trois dimensions résultent des productions fort différentes. Le tableau peut devenir relief architectural (ou son négatif), ou former un volume – comme un court pilier – par empilement des châssis. Dérobée aux regards, la peinture acquiert une existence autre, en attente de nouvelles configurations. Frustration pour le regardeur ? Certainement pas dès lors que l’on est davantage sensible à la retenue qu’à l’exubérance, aux subtilités d’une limite où la main se laisse sentir sans affirmer sa présence, aux compositions à la géométrie non agressive. Cuzin prend le risque que l’apparente simplicité devienne aux yeux du spectateur pressé pauvreté formelle. Car, comme les productions éphémères, ces tableaux réclament du temps et une véritable attention. C’est dire si l’artiste privilégie des valeurs contraires à celles du prêt-à-consommer culturel. Salutaires, ses partis pris signalent une singularité exempte de signes ostentatoires.

Natacha Pugnet, novembre 2009

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

243.9.1, 1987

303.881, 1987

226.871, 1987


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