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Bernard FRIZE

Né en 1954 - Saint-Mandé France • Vit et travaille à Paris


Depuis la fin des années 70, Bernard Frize réalise des tableaux fondés sur un principe des plus logiques : utiliser les médiums et les outils «pour ce qu’ils sont capables de faire». Chaque peinture résulte de procédures spécifiques, le plus souvent déclinées en séries. La transparence des moyens mis en œuvre, la stricte adéquation entre le faire et ce qui est offert au regard confèrent à ses tableaux un caractère d’objectivité évident. Pour l’artiste, il s’agit d’expérimenter en mettant en jeu, de manière ludique aussi bien, tout l’arsenal dont peut disposer un peintre. Couvrir une très grande surface à l’aide d’un traînard destiné à tracer de fines lignes, ou bien “tresser” des traces de brosses, les entrelacer ; fabriquer des “bouquets” de pinceaux ou réaliser des peintures sans instrument en collant des “peaux” de laque ; produire des tableaux à plusieurs mains ou bien sans main ; faire que le médium sédimente ou le laisser sécher tête en bas : telles sont quelques unes des stratégies déployées par Frize pour faire de la peinture une image en se cantonnant aux artifices des seuls moyens picturaux.

Sa pratique est bien matérialiste, mais elle ne saurait se réduire à quelque recette de fabrique ; autant dire que, contrairement aux apparences, il n’y a là aucune visée formaliste. De l’entrelacs baroque à la grille moderniste, du monochrome “dégouttant” au paysage chinois, sans oublier le kitsch de natures mortes aux pots vernissés et celui d’abstractions pseudo-gestuelles, c’est une bonne part de l’histoire de la peinture qui est revisitée, non de manière citationnelle, mais avec discrétion, légèreté et de manière biaise. Bernard Frize poursuit également les interrogations menées par les membres du groupe Supports/Surfaces, mais il opère à rebours de ces derniers : en lieu de déconstruction de la peinture, lui reconstruit le tableau. Cependant, à l’instar de la génération précédente, Frize refuse de concevoir la pratique comme relevant de l’expression personnelle, préférant penser les conditions dans lesquelles la peinture pourra se faire presque d’elle-même.

Roulor, qui fait partie des œuvres relativement anciennes de l’artiste, répond déjà aux prémisses développées depuis lors et préfigure les séries réalisées en maniant divers rouleaux de toutes les façons possibles. L’outil choisi est ici un rouleau à motif utilisé d’ordinaire pour la décoration. L’emploi qui en est fait procède tout ensemble d’une logique – le recouvrement – et d’un détournement. Désaffectivé comme toujours, le geste pictural est limité au dépôt superficiel de la laque, faisant apparaître le motif coloré. Réitéré, le passage du roulor crée, en même temps que la disparition du dessin initial, une surface chromatiquement vibrante : une sorte de pointillisme inversé, dans lequel la figure se reconnaît lorsque l’on se rapproche du subjectile. Cependant, subsistent des bandes de la largeur de l‘outil qu’un all-over viendrait masquer. La dimension décorative, inhérente à l’instrument, se résorbe du même coup, ou plutôt vient contaminer les purismes en tout genres. Ne s’autorisant que peu de décisions arbitraires, s’effaçant délibérément devant les règles simples et la temporalité que l’outil lui suggère, Bernard Frize laisse peu de place à l’imprévu. Paradoxalement, la qualité formelle du résultat ne laisse pas de surprendre : un rouleau-il est capable, littéralement, de produire cela ?

Natacha Pugnet, septembre 2008

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Roulor, 1979


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