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Stéphane BORDARIER

Né en 1953/04/25 - Beaucaire France • Vit et travaille à Remoulins


Dans les années 80, après avoir utilisé des terres et des pigments naturels, Stéphane Bordarier, dont l’œuvre émerge dans un contexte dominé par la Figuration libre et les diverses formes d’expressionnisme, entreprend d’occuper sa toile par des surfaces franchement colorées et clairement organisées. C’est de ces années 1987-88 que date le premier tableau de la collection.

Plus que de véritable lyrisme, ou d’expressionnisme, fût-il abstrait, il s’agit pour lui, dès cette époque, de produire la surface d’une expérience singulière : celle de la couleur et de la lumière, traitée d’une manière qu’il ne cessera, par la suite, de parfaire et de dépouiller. C’est une technique qui, malgré de notables évolutions, ne changera pas fondamentalement jusqu’à aujourd’hui. Plus qu’une technique, il s’agit du processus même de l’œuvre et qui se confond avec le sujet de sa peinture. L’artiste enduit à la colle de peau tendue sur châssis. Puis, dans la limite du temps que lui octroie cette matière encore chaude, il pose sa couleur, l’étale, l’enlève et la repasse à l’aide d’une raclette en caoutchouc. Plus encore que de poser la couleur, il s’agit donc pour lui de la soustraire ; mais aussi de la pousser vers les bords et d’obtenir ainsi ce qu’on pourrait appeler une forme, mais qui est en réalité le bord de la surface gagnée sur la toile avant que la colle ne sèche complètement. Le repentir, dans cette pratique de nature performative, est exclu, et la seule modification possible d’un détail peu satisfaisant résidera dans le fait de ne pas le réitérer sur la toile qui suit. Ainsi, autant que de surface, il est question, dans la peinture de Stéphane Bordarier, de temps, d’une surface gagnée sur le temps.

Sans entrer dans le détail d’une marche très rigoureuse vers toujours plus de radicalité, de la recherche tendue de ce que l’artiste lui-même appelle «une certaine qualité de sécheresse», il faut dire un mot de l’ensemble, auquel appartient le second tableau de la collection, daté des années 1990-91, et que Jean Fournier a appelé «les raies», en référence à Chardin. Ici, l’artiste a voulu inscrire la forme souple d’un losange dans le carré de la toile afin que chaque pointe de cette figure si peu figurative touche l’un des côtés du carré. La couleur, entre le gris et le jaune, est subtile et très lumineuse. Les traces de la raclette sont encore visibles, mais on voit bien, déjà, que ce geste relève davantage du processus que de l’expression. Dans les années qui suivent, marquées par un séjour en Italie où il étudie l’art de la fresque, la couleur se concentre sur différentes modalités de rouge pour aboutir, à la fin de la décennie, sur les Violets de Mars. Cet ensemble important représente sans doute le mieux ce que Stéphane Bordarier cherche à obtenir, cette fameuse «qualité de sécheresse». L’usage d’une seule couleur contribue à l’obtention d’une surface homogène et profonde qui recouvre la quasi-totalité de la toile, ménageant cependant ces infimes espaces blancs qui l’empêchent de basculer dans le strict monochrome.

Jean-Marc Huitorel

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

Sans titre, 1987

Sans Titre, 1989


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