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Etienne BOSSUT

Né en 1946/10/23 - Saint-Chamond France • Vit et travaille à Cesson-Sévigné


Depuis le début des années 1980, le travail artistique d’Etienne Bossut est fondé sur l’utilisation constante d’un procédé, le moulage, et d’un matériau, le plastique. Si leur association est depuis plus d’un siècle largement exploité par l’industrie pour la consommation de masse, la pratique du moulage sur le modèle d’Etienne Bossut est en revanche artisanale, s’inscrivant dans une technique de reproduction par empreinte utilisée aussi depuis la plus haute Antiquité à des fins rituelles ou esthétiques.

Avec 1001 Nuits (1989), on entre de plain-pied si l’on peut dire dans l’œuvre d’Etienne Bossut. L’artiste y réactive le principe de Cinq fois un bidon bleu, une de ses premières pièces, ayant agi comme manifeste de son projet sculptural au début des années 1980. Moulant un banal objet quotidien, Etienne Bossut le dupliquait plusieurs fois, chaque exemplaire étant rigoureusement semblable aux autres. Huit portes ocre jaune se succèdent cette fois ci côte à côte sur un même mur. Leur alignement permet de constater qu’elles sont toutes bien identiques et de créer un effet de série, que le nombre utilisé dans le titre renforce. Pourquoi cette duplication insistante du même ? « Une goutte de peinture se retrouvant toujours aux mêmes endroits fait partie des indices qui favorisent la perception comme images de ces portes », explique Etienne Bossut, qui invite ainsi à regarder ses portes dans le détail et dans la touche, plutôt qu’à essayer d’en passer le seuil. Au détour de cette petite phrase, l’artiste lève le voile sur la nature ambiguë de ses sculptures : elles ne sont pas des objets, bien qu’elles ressemblent comme deux gouttes d’eau à leur modèle, mais bien des « images ». La comparaison avec la photographie est ici éclairante : le moule fonctionne comme un négatif dont l’artiste aurait tiré plusieurs photographies. Alors que l’objet choisi comme référent possède une fonction utilitaire, sa reproduction et son exposition dans un lieu dédié à l’art a une fonction documentaire ou contemplative. Pas plus qu’on tenterait d’ouvrir une porte dans un tableau ou une photographie, on peut en revanche, comme dans toute représentation, se laisser aller à imaginer ce qui se cache derrière. Comme le dit l’artiste: « 1001 nuits est un moyen infini de sortir d’une situation : derrière chaque porte on peut s’inventer une histoire », ce que le titre choisi pour son œuvre renforce, en référence au conte bien connu. Le moule de porte de 1001 Nuits a par ailleurs déjà servi à plusieurs reprises. Jaune vif, il est d’abord utilisé dans la sculpture publique Autour d’un abri jaune sur un carrefour giratoire de Villeurbanne (1988), comme porte d’abri de chantier. Isolé et dupliqué dans une couleur intermédiaire dans 1001 Nuits, il réapparait rouge coquelicot pour ma Cabane (1996) avec d’autres objets cultes qui composent l’environnement quotidien et artistique d’Etienne Bossut. A la manière des peintres classiques, on retrouve ainsi au fil de son œuvre ce motif récurrent.

L’ironie est par ailleurs toujours de mise dans les œuvres de l’artiste, qui utilise souvent des jeux de citation et assoit le prestige de ces moulages en convoquant de grands classiques de l’histoire culturelle. 1001 Nuits rejoint ainsi le panthéon des monuments en plastique d’Etienne Bossut.

Garance Chabert

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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