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Nathalie TALEC

Née en 1960/08/09 - Paris France • Vit et travaille à Versigny


L’œuvre de Nathalie Talec s’est dès les débuts construite autour de la notion de froid, celle-ci englobant l’imaginaire que les conditions extrêmes ne manquent pas d’engendrer et le quotidien de nos banals réfrigérateurs. Si l’artiste considère que « le froid est un état d’abstraction », elle a exploré l’éventail de ses possibles concrétisations. Elle est attentive aux récits des explorateurs scientifiques, dont les aventures lui offrent la métaphore de l’expérience artistique. Cependant, Nathalie Talec procède le plus souvent à des voyages en chambre (en chambre froide aussi bien), que restituent des photographies, des vidéos ou des enregistrements sonores. Envisagé comme une sensation et un état relatifs, le froid n’en éveille pas moins des images, qu’elle traduit en représentations ou en simulations diverses. Sur un mode parodique teinté d’admiration, ses performances et autre Conférence sur le froid attestent le polymorphisme d’un travail dans lequel le médium sert au plus juste le propos de l’artiste. Exhalaison III est l’une des actualisations d’une installation réalisée à l’échelle de l’architecture. Physiquement impénétrable, cette œuvre-lieu est une construction ainsi qu’un dispositif. En effet, la surface des cloisons de ce parallélépipède de bois se couvre de gouttes, comme sous l’effet d’un changement thermique. Il y a là une réunion inattendue de minimalisme et de corporéité, Nathalie Talec rendant effective l’idée défendue par Michael Fried d’un « anthropomorphisme latent » à l’œuvre dans les structures minimalistes. Contrariant l’inertie géométrique de l’imposant volume par la sécrétion de quelque humeur, l’artiste réussit à concilier abstraction conceptuelle et expression organique. Car ce qui l’intéresse, ce sont les processus de transformation, les déplacements, l’instabilité ou le caractère incertain du statut de l’œuvre. Exhalaison fonctionne un peu comme les Paroles gelées chantonnées qui, par la vertu de la chaleur du souffle, semblent désembuer la vitre du moniteur vidéo. La transpiration des parois – dont l’aspect va se modifier dans la durée – provoque les sensations contraires de la moiteur et de la fraîcheur. Différemment, la structure des cristaux de neige elle aussi se défait sous l’effet du réchauffement. Parmi d’autres réalisations consacrées à ce qu’elle considère être un « motif générique » de son travail, on trouve Cristal de neige, arrangement en plaquettes. Sous l’œil du microscope, nous assistons à la lente métamorphose due à un changement d’état. Difficile à saisir, celui-ci se manifeste par des tropismes et d’infimes modifications chromatiques. Engendrant de la dissipation et du désordre, ces déconstructions sont comparables au langage artistique de l’artiste. Nathalie Talec déplace l’épreuve paralysante du froid vers ses récits, la fiction étant à l’évidence, pour elle comme pour nous, autrement plus féconde.

Natacha Pugnet

Oeuvres de l'artiste dans la collection
du frac franche-comte

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